La fin de saison est tombée sur le lac de Côme. Le Giro di Lombardia dans l'escarcelle du jeune prodige italien Damiano Cunego. Cunego justement, le seul coureur de ces dix dernières années ayant gagné un Grand Tour sans tomber ensuite dans la nasse du dopage...
Sur la ligne d'arrivée de cette dernière course de l'année, il a devancé au sprint son compatriote Ricardo Ricco. Un coureur encore plus jeune que lui mais qui a déjà fait parler de lui au chapitre des faits divers. Contrôlé positif chez les amateurs et ayant obtenu des résulsats sanguins anormaux sur le dernier Giro. Comme Danilo Di Luca. Le leader du Pro Tour impliqué dans l'affaire Oil for Drug, un réseau de dopage à l'EPO mis au jour en 2004, a d'ailleurs été condamné à trois mois de suspension par le Comité National Olympique Italien dans la semaine précédant le Tour de Lombardie. Il perd donc le classement du Pro Tour 2007 sur tapis vert. Et ne pourra même pas porter réclamation auprès d'un sulfureux avocat puisque Cadel Evans, son poursuivant immédiat au classement, l'a dépassé in extremis en finissant 6ème de cette dernière classique...
Qui est donc ce Cadel Evans qui finit numéro un mondial sans avoir gagné une course de l'année ? Un australien discret qui a commencé le cyclisme en pratiquant le VTT. S'est fait écrasé par un certain Michael Rasmussen... avant de passer à la route ! Il a rencontré en Italie un certain Patrick Lefévère qui l'a intégré dans l'armada Mapei dès 2001. En 2002, lors d'un Giro tourmenté, il a même porté le maillot rose une journée avant de s'effondrer le lendemain dans les Dolomites. Ce jour-là, Evans avait cédé au futur vainqueur de l'épreuve, Paolo Savoldelli, un quart d'heure dans les 10 derniers kilomètres. On l'avait vu serpenter dans la montée du Passo Coe en étant poussé de compassion par les tifosis italiens qui s'étaient enflammés d'avoir pu rencontrer un champion au visage humain. Visage que les Dario Frigo, Stefano Garzelli, Francesco Casagrande ou encore Gilberto Simoni de l'époque ne pouvaient pas avoir. Du temps est passé depuis. Evans l'a mis à profit pour se bonifier. Il a rapidement compris qu'il ne serait jamais un coureur hors-norme. Juste un bon rouleur en plaine et un honnête suiveur en montagne. Suffisant pour multiplier les places d'honneur. Depuis 2005, il a fait une fixation sur le Tour de France. Tout en restant compétitif une très grande partie de la saison. De Paris-Nice à la Lombardie. Tout simplement. Cadel Evans n'est pas un coureur du panache. Juste vulgairement un suceur de roue. Mais quand même le vainqueur du Pro Tour au final. Un homme qui a réussi à bisser Tour et Vuelta avec succès : deuxième sur la Grande Boucle et quatrième sur le Tour d'Espagne. Un homme déjà septième sur Paris-Nice, quatrième en Romandie et deuxième sur le Dauphiné. Un homme qui a su rester compétitif sur la Vuelta mais aussi aux championnats du Monde (quatrième) comme en Lombardie (sixième). Un homme que la majorité du peloton juge propre. C'est dire...
En marge d'Evans qui sauve cette nouvelle saison cycliste de la honte, il y a le cas Paolo Bettini. La semaine précédent la remise en jeu de son titre de champion du Monde à Stuttgart, le toscan a fait l'objet de soupçons après une révélation de la chaîne allemande ZDF. En marge des Mondiaux de Stuttgart, la chaîne a affirmé avoir été en possession d'un document prouvant que Patrik Sinkewitz, contrôlé positif à la testostérone en juin dernier, se serait procuré un produit auprès de Paolo Bettini du temps où ils couraient ensemble chez Mapei-Quick Step. Déclaré positif, licencié puis perquisitionné, Patrik Sinkewitz a affirmé à Paolo Bettini n'avoir jamais tenu de tels propos, mais le champion du monde a dû faire face à une nouvelle rumeur à son arrivée à Stuttgart. Une rumeur auquelle il a répondu en conservant magistralement son titre sur la route en règlant un petit groupe échappé. Et profité de l'aubaine inespérée pour faire tout son cinéma. Dans la tradition de l'exagération à l'italienne. Flinguant à trois reprises sur la ligne d'arrivée en direction de la dirigeante allemande qui avait voulu lui interdire l'accès aux championnats "une femme qui ne connâit rien au cyclisme et qui dans des fins strictement personnelles a voulu booster sa carrière politique" ! La réponse du grillon a été sanglante. Mais le doute est quand même là...
Comme sur Stefan Schumacher, la nouvelle Formule 1 allemande. Depuis le retrait de la star du pays Jan Ullrich, Schumacher porte sur ses épaules une partie du pseudo renouveau du cyclisme allemand. Brillant en 2006, il est passé à côté de sa saison 2007, même s'il a remporté, par la bénédiction de son coéquipier Davide Rebellin, l'Amstel Gold Race. Curieusement son écurie, la Gerolsteiner, a appliqué une politique anti-dopage ferme depuis l'hiver dernier. Alors la Ferrari Schumacher a baissé de pied. Depuis deux mois, on ne le voyait plus trop en course. Soit disant parce qu'il préparait minutieusement ses championnats du Monde à domicile. En finissant sur la troisième marche du podium, le puncheur allemand ne s'est d'ailleurs pas raté. Mais il a présenté des valeurs sanguines surprenantes lors d'un test inopiné diligenté par sa fédération deux jours après la course. Si la fédération allemande assure qu'il ne s'agit pas d'une manipulation sanguine, elle a relevé des valeurs divergentes. Le week-end suivant, le coureur a pris le volant à la sortie d'une discothèque, non loin de chez lui, quand il a percuté une clôture de jardin. Plutôt que de s'arrêter, Stefan Schumacher a poursuivi sa route, mais la police a été alertée et le coureur pris en chasse. Arrêté après avoir pris la fuite, l'allemand a admis les dommages mais les policiers ont tenu à lui faire passer un alcotest et un examen antidrogue. Résultat : de l'alcool et de la drogue dans le sang ! Stefan Schumacher a confessé avoir pris quelques verres en boîte de nuit avant de prendre la voiture et de défoncer une clôture mais a fermement nié avoir pris de la drogue. Pauvre Schumacher...
Entre ces pathétiques championnats du Monde (où Fabian Cancellara a également conservé son titre contre-la-montre) et le Tour de Lombardie, il y a eu Paris-Tours. Remporté là aussi par un coureur sombre en la personne d'Alessandro Petacchi. Contrôlé en mai positif au salbutamol avant d'être acquitté par sa fédération, il a regagné sur la Vuelta. Comme sur l'avenue de Grammont. En toute impunité. Sans oublier de nous faire lui aussi un grand cirque à l'italienne, les transalpins restant incontestablement les meilleures dans la science du cinéma comme du doping...
Sinon, en septembre, Denis Menchov a remporté la Vuelta. Une Vuelta au rabais. De façon anecdotique. Encore plus que celle acquise sur tapis vert il y a deux ans après le déclassement de Roberto Heras. Heras qui n'a jamais reconnu s'être dopé et qui a même refait parler de lui en fin de Tour d'Espagne. En annonçant qu'il négociait d'arrache pied son retour prochain dans les pelotons, sa suspension arrivant à terme. Ca aussi, c'est le cyclisme moderne...
Mais ce n'est pas encore aussi bien que le cas Andrey Kashechkin. Le coureur kazakh de la formation Astana a été contrôlé positif lors d'une sortie d'entraînement à Belek (sud-ouest de la Turquie), le 1er août. Comme pour son leader Alexandre Vinokourov, ce contrôle inopiné effectué par l'UCI, a décelé la pratique d'une transfusion sanguine homologue. On aurait pu en rester là mais non. Kashechkin ne s'est même pas étendu sur son cas de dopage. Il a juste répondu qu'il se vengerait très fort. En réduisant à néant la politique antidopage actuelle. Comme quoi les coureurs étaient traîtés tels des criminels. Bah oui, ce n'est pas normal que les contrôleurs de l'UCI viennent jusqu'en Turquie lors d'un stage de préparation à la Vuelta pour contrôler un coureur cycliste. Qui plus est le lieutenant d'Alexandre Vinokourov. Qui plus est un coureur qui se dope exactement de la même façon que son leader coincé sur le dernier Tour de France. Pour étayer ses arguments, son avocat évoque l'article 8 de la Convention des droits de l'homme selon lequel il ne peut y avoir d'ingérence dans la vie privée que par des autorités publiques. Or selon Maître Misson, le contrôle sanguin diligenté par l'UCI auquel s'était soustrait Kashechkin tard dans la soirée alors qu'il était en vacances en famille en Turquie, entre justement dans la catégorie des cas d'ingérence à la vie privée car effectué par des autorités sportives et non publiques. Il a surtout eu lieu en dehors du cadre de toute compétition. Le procès de l'ancien coureur de l'équipe Astana débutera le 6 novembre devant le tribunal des référés de Liège. En cas de défaite, la défense se réserve le droit d'aller jusque "devant la cour des droits de l'homme, ce qui donnerait un arrêt à valeur sinon mondiale, du moins européenne."
En bref, vivement 2008 !
Photo de Cadel Evans (Predictor-Lotto)
Sur la ligne d'arrivée de cette dernière course de l'année, il a devancé au sprint son compatriote Ricardo Ricco. Un coureur encore plus jeune que lui mais qui a déjà fait parler de lui au chapitre des faits divers. Contrôlé positif chez les amateurs et ayant obtenu des résulsats sanguins anormaux sur le dernier Giro. Comme Danilo Di Luca. Le leader du Pro Tour impliqué dans l'affaire Oil for Drug, un réseau de dopage à l'EPO mis au jour en 2004, a d'ailleurs été condamné à trois mois de suspension par le Comité National Olympique Italien dans la semaine précédant le Tour de Lombardie. Il perd donc le classement du Pro Tour 2007 sur tapis vert. Et ne pourra même pas porter réclamation auprès d'un sulfureux avocat puisque Cadel Evans, son poursuivant immédiat au classement, l'a dépassé in extremis en finissant 6ème de cette dernière classique...
Qui est donc ce Cadel Evans qui finit numéro un mondial sans avoir gagné une course de l'année ? Un australien discret qui a commencé le cyclisme en pratiquant le VTT. S'est fait écrasé par un certain Michael Rasmussen... avant de passer à la route ! Il a rencontré en Italie un certain Patrick Lefévère qui l'a intégré dans l'armada Mapei dès 2001. En 2002, lors d'un Giro tourmenté, il a même porté le maillot rose une journée avant de s'effondrer le lendemain dans les Dolomites. Ce jour-là, Evans avait cédé au futur vainqueur de l'épreuve, Paolo Savoldelli, un quart d'heure dans les 10 derniers kilomètres. On l'avait vu serpenter dans la montée du Passo Coe en étant poussé de compassion par les tifosis italiens qui s'étaient enflammés d'avoir pu rencontrer un champion au visage humain. Visage que les Dario Frigo, Stefano Garzelli, Francesco Casagrande ou encore Gilberto Simoni de l'époque ne pouvaient pas avoir. Du temps est passé depuis. Evans l'a mis à profit pour se bonifier. Il a rapidement compris qu'il ne serait jamais un coureur hors-norme. Juste un bon rouleur en plaine et un honnête suiveur en montagne. Suffisant pour multiplier les places d'honneur. Depuis 2005, il a fait une fixation sur le Tour de France. Tout en restant compétitif une très grande partie de la saison. De Paris-Nice à la Lombardie. Tout simplement. Cadel Evans n'est pas un coureur du panache. Juste vulgairement un suceur de roue. Mais quand même le vainqueur du Pro Tour au final. Un homme qui a réussi à bisser Tour et Vuelta avec succès : deuxième sur la Grande Boucle et quatrième sur le Tour d'Espagne. Un homme déjà septième sur Paris-Nice, quatrième en Romandie et deuxième sur le Dauphiné. Un homme qui a su rester compétitif sur la Vuelta mais aussi aux championnats du Monde (quatrième) comme en Lombardie (sixième). Un homme que la majorité du peloton juge propre. C'est dire...
En marge d'Evans qui sauve cette nouvelle saison cycliste de la honte, il y a le cas Paolo Bettini. La semaine précédent la remise en jeu de son titre de champion du Monde à Stuttgart, le toscan a fait l'objet de soupçons après une révélation de la chaîne allemande ZDF. En marge des Mondiaux de Stuttgart, la chaîne a affirmé avoir été en possession d'un document prouvant que Patrik Sinkewitz, contrôlé positif à la testostérone en juin dernier, se serait procuré un produit auprès de Paolo Bettini du temps où ils couraient ensemble chez Mapei-Quick Step. Déclaré positif, licencié puis perquisitionné, Patrik Sinkewitz a affirmé à Paolo Bettini n'avoir jamais tenu de tels propos, mais le champion du monde a dû faire face à une nouvelle rumeur à son arrivée à Stuttgart. Une rumeur auquelle il a répondu en conservant magistralement son titre sur la route en règlant un petit groupe échappé. Et profité de l'aubaine inespérée pour faire tout son cinéma. Dans la tradition de l'exagération à l'italienne. Flinguant à trois reprises sur la ligne d'arrivée en direction de la dirigeante allemande qui avait voulu lui interdire l'accès aux championnats "une femme qui ne connâit rien au cyclisme et qui dans des fins strictement personnelles a voulu booster sa carrière politique" ! La réponse du grillon a été sanglante. Mais le doute est quand même là...
Comme sur Stefan Schumacher, la nouvelle Formule 1 allemande. Depuis le retrait de la star du pays Jan Ullrich, Schumacher porte sur ses épaules une partie du pseudo renouveau du cyclisme allemand. Brillant en 2006, il est passé à côté de sa saison 2007, même s'il a remporté, par la bénédiction de son coéquipier Davide Rebellin, l'Amstel Gold Race. Curieusement son écurie, la Gerolsteiner, a appliqué une politique anti-dopage ferme depuis l'hiver dernier. Alors la Ferrari Schumacher a baissé de pied. Depuis deux mois, on ne le voyait plus trop en course. Soit disant parce qu'il préparait minutieusement ses championnats du Monde à domicile. En finissant sur la troisième marche du podium, le puncheur allemand ne s'est d'ailleurs pas raté. Mais il a présenté des valeurs sanguines surprenantes lors d'un test inopiné diligenté par sa fédération deux jours après la course. Si la fédération allemande assure qu'il ne s'agit pas d'une manipulation sanguine, elle a relevé des valeurs divergentes. Le week-end suivant, le coureur a pris le volant à la sortie d'une discothèque, non loin de chez lui, quand il a percuté une clôture de jardin. Plutôt que de s'arrêter, Stefan Schumacher a poursuivi sa route, mais la police a été alertée et le coureur pris en chasse. Arrêté après avoir pris la fuite, l'allemand a admis les dommages mais les policiers ont tenu à lui faire passer un alcotest et un examen antidrogue. Résultat : de l'alcool et de la drogue dans le sang ! Stefan Schumacher a confessé avoir pris quelques verres en boîte de nuit avant de prendre la voiture et de défoncer une clôture mais a fermement nié avoir pris de la drogue. Pauvre Schumacher...
Entre ces pathétiques championnats du Monde (où Fabian Cancellara a également conservé son titre contre-la-montre) et le Tour de Lombardie, il y a eu Paris-Tours. Remporté là aussi par un coureur sombre en la personne d'Alessandro Petacchi. Contrôlé en mai positif au salbutamol avant d'être acquitté par sa fédération, il a regagné sur la Vuelta. Comme sur l'avenue de Grammont. En toute impunité. Sans oublier de nous faire lui aussi un grand cirque à l'italienne, les transalpins restant incontestablement les meilleures dans la science du cinéma comme du doping...
Sinon, en septembre, Denis Menchov a remporté la Vuelta. Une Vuelta au rabais. De façon anecdotique. Encore plus que celle acquise sur tapis vert il y a deux ans après le déclassement de Roberto Heras. Heras qui n'a jamais reconnu s'être dopé et qui a même refait parler de lui en fin de Tour d'Espagne. En annonçant qu'il négociait d'arrache pied son retour prochain dans les pelotons, sa suspension arrivant à terme. Ca aussi, c'est le cyclisme moderne...
Mais ce n'est pas encore aussi bien que le cas Andrey Kashechkin. Le coureur kazakh de la formation Astana a été contrôlé positif lors d'une sortie d'entraînement à Belek (sud-ouest de la Turquie), le 1er août. Comme pour son leader Alexandre Vinokourov, ce contrôle inopiné effectué par l'UCI, a décelé la pratique d'une transfusion sanguine homologue. On aurait pu en rester là mais non. Kashechkin ne s'est même pas étendu sur son cas de dopage. Il a juste répondu qu'il se vengerait très fort. En réduisant à néant la politique antidopage actuelle. Comme quoi les coureurs étaient traîtés tels des criminels. Bah oui, ce n'est pas normal que les contrôleurs de l'UCI viennent jusqu'en Turquie lors d'un stage de préparation à la Vuelta pour contrôler un coureur cycliste. Qui plus est le lieutenant d'Alexandre Vinokourov. Qui plus est un coureur qui se dope exactement de la même façon que son leader coincé sur le dernier Tour de France. Pour étayer ses arguments, son avocat évoque l'article 8 de la Convention des droits de l'homme selon lequel il ne peut y avoir d'ingérence dans la vie privée que par des autorités publiques. Or selon Maître Misson, le contrôle sanguin diligenté par l'UCI auquel s'était soustrait Kashechkin tard dans la soirée alors qu'il était en vacances en famille en Turquie, entre justement dans la catégorie des cas d'ingérence à la vie privée car effectué par des autorités sportives et non publiques. Il a surtout eu lieu en dehors du cadre de toute compétition. Le procès de l'ancien coureur de l'équipe Astana débutera le 6 novembre devant le tribunal des référés de Liège. En cas de défaite, la défense se réserve le droit d'aller jusque "devant la cour des droits de l'homme, ce qui donnerait un arrêt à valeur sinon mondiale, du moins européenne."
En bref, vivement 2008 !
Photo de Cadel Evans (Predictor-Lotto)


