En juillet 2008, il s'étonne de la victoire de Carlos Sastre dans le Tour, "un second couteau qui n'escalade pas très vite l'Alpe-d'Huez" comparé à ses années de régence. Armstrong estime également qu'on ne parle plus suffisamment de lui, blotti qu'il est au fin fond de son ranch du Texas à siroter bière sur bière. Pourtant, depuis qu'il a pris sa retraite, celui qu'on surnomme "le boss" a tout fait pour rester sur le devant de l'actualité. En 2006, il se réconcilie avec Floyd Landis pour dénigrer le fameux laboratoire de Châtenay-Malabry qui a retrouvé de l'EPO dans ses urines avec six ans de retard. La même année, il met en doutes les performances de l'équipe de France de football après son parcours héroïque en Coupe du Monde. En 2007, il revient sur le Tour en tant que suiveur et continue de cracher sur sa cible préférée, la France ! 2008 marque un revirement dans le comportement du Texan qui se veut plus modéré dans ses propos. Normal, il prépare déjà son retour.
Lorsqu'il annonce en septembre dernier qu'il va reprendre la compétition, une onde de choc traverse le milieu. Le cyclisme traverse une grave crise depuis une dizaine d'années. Ce sport cherche en vain à se débarrasser de ses vieilles sorcières... que voilà son plus grand imposteur de retour ! Il est donc définitivement dit qu'il n'y a pas de morale dans le vélo qui n'est finalement qu'un vaste reflet de la société. Armstrong qui revient, ce sont des milliers de niais supplémentaires à suivre le Tour de France, ce sont ces mêmes personnes à se masser sur le bord des routes, à encenser l'Américain et son soit disant combat contre le cancer, et donc à alimenter le business cyclisme.
Difficile par conséquent de bouder le retour du septuple vainqueur du Tour pour les différents organisateurs de courses. A chaque apparition du Texan, les gens viendront pour "voir la bête" dixit Christian Prudhomme, le directeur du Tour qui retourne habilement sa veste par ces temps de crise. Il en est de même pour Angelo Zomegnan, son pendant du Giro, quoiqu'on savait l'Italien dénoué de toute éthique sportive.
Officiellement, Armstrong touche un salaire d'un euro par mois chez Astana mais il reçoit un joli chèque d'un million deux cent mille euros pour venir courir le Tour d'Italie au mois de mai. C'est aussi ça le système Armstrong mais on ne vous le dit pas dans la Gazetta dello Sport.
En préparation sur le Giro, Armstrong débarque donc en grande condition sur la Côte d'Azur au départ de ce Tour de France qu'il rêve secrètement de remporter. Malgré sa grande connaissance de cette course, il est dépassé sur le contre-la-montre monégasque en ne finissant que dixième, à 40 secondes de la fusée Fabian Cancellera qui déboule telle une Formule 1 de la moyenne corniche. Son équipe Astana place d'ailleurs quatre hommes dans le top 10, c'est l'ère de la robotique avec devant lui Alberto Contador, Andreas Klöden et Levi Leipheimer, trois coéquipiers mais aussi trois potentiels rivaux pour la victoire finale à Paris !
Abondance de biens ne nuit pas selon son directeur sportif Johan Bruyneel qui doit gérer une véritable dream team de surhommes. Contador se place comme le premier d'entre eux en repoussant d'emblée Armstrong à 22 secondes. L'Espagnol est invaincu depuis deux ans sur les courses de trois semaines. Et il a déjà remporté, à seulement 26 ans, les trois Grands Tours, comme Anquetil, Merckx et Hinault jadis. Le problème, c'est que ces derniers étaient de véritables champions cyclistes à leurs époques respectives. Qu'en est-il de Contador ? C'est un frêle coureur qui grimpe tel un chat et roule comme un scooter. Il a été dédouané avec complaisance de l'Opération Puerto sous prétexte qu'il incarnait l'avenir du cyclisme espagnol. Depuis Contador rafle toutes les courses par étapes. Ses adversaires s'effacent uns à uns, pris dans les scandales de dopage à répétition, quand lui a au moins le mérite de se faufiler à travers les mailles du filet des contrôleurs de l'antidopage.
Mais sur ce Tour 2009, Contador doit se mesurer à d'autres célèbres anguilles, la plupart dans sa propre équipe ! Sur la route de La Grande Motte, Armstrong lui reprend 41 secondes au profit d'une bordure et ne manque pas de lui faire comprendre son erreur par presse interposée, le phénomène Twitter étant un véritable exutoire à l'ego surdimensionné de l'Américain ! Le lendemain, Astana écrase le contre-la-montre par équipes même si Armstrong manque de prendre le maillot jaune pour moins d'une seconde à Cancellara. Les potentiels adversaires de l'équipe kazakhe, si toutefois elle en avait au départ de Monaco, sont déjà à plus de trois minutes. Seul la Saxo Bank des frères Schleck et la Garmin du surprenant Bradley Wiggins restent dans le coup.
Les Pyrénées étant largement escamotées, le classement général n'évolue guère lors de la seconde semaine. Il permet juste à Rinaldo Nocentini de se parer de jaune après une échappée fleuve en Andorre où Alberto Contador démarre à 35 km/h dans les derniers kilomètres de la montée vers Arcalis. Il reprend du coup 21 secondes à tous les favoris du Tour et se replace pour deux secondes devant Lance Armstrong. Il faut donc attendre les Alpes pour que la bagarre reprenne férocement... sans Leipheimer qui a dû abandonner dans les Vosges, poignet en vrac après une chute.
Armstrong croit plus que jamais en la victoire finale mais il va déchanter lors de la 15ème étape reliant Pontarlier à Verbier. Sur une montée sèche, l'Américain commet l'erreur de se mettre dans le rouge en suivant une attaque de Franck Schleck. Ce dernier prépare le terrain pour son frère Andy mais c'est Contador qui démarre violemment à mi-pente pour prendre le commandement du Tour de France dans la chic station du Valais. Armstrong qui a explosé, est repoussé à plus d'une minute et demie mais reste le premier des poursuivants à l'Espagnol.
Lors de l'étape suivante, le Texan est un temps largué dans le col du Petit St Bernard. Prétextant le jeu d'équipe, il revient au prix d'un démarrage foudroyant pour impressionner les foules. Mais l'Américain a perdu de sa splendeur par rapport à ses années fastes.
Lors de l'étape reine du Grand Bornand, il est lâché dès le col de Romme où les frères Schleck mènent une attaque de grande envergure pour se rapprocher du podium à Paris. Seul Contador et Klöden peuvent suivre. Contador, qui a assurément les yeux plus gros que le ventre par rapport au combat qu'il mène quotidiennement contre le clan Armstrong, veut assommer le Tour en attaquant dans les pourcentages inhumains de la Colombière. C'est une erreur tactique puisqu'il ne parvient pas à faire le trou sur les deux Luxembourgeois et surtout parce qu'il condamne Klöden qui visait lui aussi un podium sur les Champs Elysées. Le soir à l'hôtel, tous les membres de l'équipe Astana ne se privent pas pour critiquer l'attitude de l'Espagnol qui se retrouve toujours un peu plus isolé au sein de sa propre formation.
Ce dernier met cependant les points sur les "i" lors du contre-la-montre autour du lac d'Annecy en repoussant une nouvelle fois tous ses adversaires. Le frêle grimpeur Madrilène bat même les purs rouleurs comme Wiggins et Cancellara pour s'octroyer sa deuxième victoire d'étape après Verbier confirmant l'ère de la robotique qui se trame dans le cyclisme de la fin des années 2000. Il dispose de plus de quatre minutes d'avance sur Andy Schleck et de cinq sur son grand rival Armstrong qui a tout donné pour reprendre la troisième place.
Le bouquet final sur les pentes enfiévrées du Mont Ventoux n'apporte pas de sensibles modifications au classement général, seul Franck Schleck remontant à la cinquième place devant le vieillissant Andreas Klöden et derrière l'insaisissable Bradley Wiggins. Alberto Contador remporte donc son deuxième Tour de France sans coup férir. La poignée de main qu'il donne à Armstrong sur le podium est glaciale comme son soulagement est palpable après trois semaines sous haute tension.
Sur ce Tour de France 2009, l'enfant de Pinto se sera davantage battu dans sa chambre d'hôtel que sur le terrain où il n'aura jamais vraiment ouvert la bouche. Est-ce cela le cyclisme moderne ? Un coureur qui gagne aussi bien en haute montagne que contre-la-montre sans jamais montrer le moindre signe de souffrance ? Et que dire du retour de Lance Armstrong qui, même s'il n'a pas gagné, fait troisième à 38 ans après trois ans et demi d'absence ? Est-ce un magnifique come-back comme les niais s'enthousiasment à dire ou juste un nouveau bras d'honneur ? Et Wiggins, cet homme qui ne passait pas un col encore l'an passé et qui finit quatrième en n'étant jamais décramponné en montagne si ce n'est dans l'étape du Grand Bornand ? L'Anglais se défend en prétextant qu'il a perdu sept kilos cet hiver et qu'il fait dorénavant le métier - se piquer ? - mais ce n'est évidemment pas suffisamment pour convaincre les spécialistes. Et les frères Schleck attaquant à tout va dans les Alpes ?
Les neuf premières places du classement général sont d'ailleurs trustées par seulement quatre équipes. Astana qui place trois coureurs avec Contador, Armstrong et Klöden. Saxo Bank avec les frères Schleck. Garmin avec Wiggins et Vandevelde. Liquigas avec Nibali et Kreuziger, et qui compte également dans ses rangs le meilleur grimpeur et super combatif Pellizotti. Ensuite arrive le premier coureur cycliste à visage humain. Il s'appelle Christophe Le Mével, il est français et seulement dixième. Mais dans quelques années, quand l'ère de la robotique aura été mis en lumière sur cette cuvée 2009, il deviendra certainement le pauvre dindon de cette nouvelle farce...


