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Tour de France 2008 : Sastre saisit la chance de sa vie...

Tour de France 2008 : Sastre saisit la chance de sa vie...
Le Tour de France s'est terminé aujourd'hui traditionnellement à Paris. La meilleure émission de télé-réalité du monde a pris fin cette après-midi sur les mythiques Champs-Elysées. Pendant trois semaines, j'ai regardé la plus grande course du Monde pour "me distraire". Toute l'année, je suis sur la route avec le vélo. Alors ça détend un peu de contempler la France depuis son canapé...

Ce Tour 2008 aura été très serré. C'est rare dans l'histoire des dernières Grandes Boucles. Même si depuis la fin de la régence de Lance Armstrong, les valeurs se sont nivelées. La traque du dopage y est aussi pour beaucoup. Si les écarts restent faibles à l'arrivée, le dopage de pointe reste pourtant massivement utilisé par les coureurs qui jouent le classement général. Cependant cette année, il n'y a pas eu de mecs qui volaient en montagne comme l'an passé avec Rasmussen et Contador...

Au rayon des contrôlés positifs, il ne seront qu'au nombre de quatre. Dont l'arrogant Ricardo Ricco. Le coureur qui dit avoir un Coppi dans chaque jambe. Le grimpeur qui prétend devoir freiner dans les virages d'ascensions de cols tellement il va vite. L'enfant qui dès l'âge de 15 ans expliquait ses méthodes de dopage à ses copains dans le peloton amateur...

Le Romagnol entraîne dans sa chute son lieutenant en montagne Leonardo Piepoli qui partageait visiblement plus que sa chambre d'hôtel et surtout toute l'équipe Saunier-Duval dirigée par le peu scrupuleux Mauro Gianetti, cet homme qui avait failli mourir il y a dix ans au Tour de Romandie du temps où il était encore coureur cycliste ! Gianetti avait abusé de PFC, une substance produisant les mêmes effets que l'EPO. Ca lui avait valu trois jours de coma et douze de soins intensifs. Dix ans plus tard, son leader Ricardo Ricco lui a fait un joli clin d'oeil dont il se serait probablement passé. Au même titre qu'à Marco Pantani, l'idole de Ricco...

En Espagne, le dopage ne se résume pas seulement à l'équipe Saunier-Duval puisque Manuel Beltran tombe aussi définitivement dans la nasse après avoir habilement évité les suspensions pour dopage tout au long de sa carrière. Comme pour Lance Armstrong, le laboratoire de Châtenay-Malabry avait retrouvé en 2005 des traces d'EPO dans son sang lors du Tour de France 1999. Ce n'était pas le cas de Moises Duenas de dix ans son cadet. Ce dernier est cependant également contrôlé positif à l'EPO sur la route du Tour 2008. Inexistant l'an passé chez Agritubel, il arrivait dorénavant à suivre en montagne au sein de sa nouvelle équipe Barloworld. Trop beau pour être honnête. Et Dmitri Fofonov ? Celui que l'on prénommait le dernier des Kazakhs dans le peloton après l'éviction des Vinokourov et Kasheckin pour transfusion sanguine. Contrôlé positif à un stimulant à St Etienne, il peut rentrer à son tour à Astana pour une durée minimale de deux ans...

Venons-en maintenant à la course. Intimement liée au dopage, j'ai nommé l'équipe CSC du sulfureux Bjarne Riis. Sa team a écrasé le Tour. Meilleur rouleurs, meilleurs grimpeurs, meilleurs partout ! Riis est aujourd'hui un des rares hommes à pouvoir se vanter d'avoir réalisé le doublé dans le Tour de France. En 1996 sur le vélo en tant que coureur. En 2008 sur la voiture suiveuse dans le rôle du directeur sportif. Même si il a été contraint entre temps d'avouer qu'il avait gagné le Tour 1996 avec de l'EPO dans le sang. Et même si on apprendra peut-être dans quelques années que Carlos Sastre, son leader actuel, en a fait de même...

Mais qui est ce Carlos Sastre ? Un espagnol de 33 ans qui a déjà bien rouler sa bosse. Un mec aussi discret qu'intelligent dans le milieu qui a toujours réussi à passer entre les mailles du filet. Il a commencé sa carrière en 2000 au sein de la sulfureuse ONCE où un certain Manolo Saiz présidait à l'époque. C'était la fin des années Jalabert de l'autre côté des Pyrénées. Une époque où la traque du dopage n'avait pas réellement commencé en Espagne. Et où personne ne se doutait encore que l'Opération Puerto allait entraîner six ans plus tard la chute des plus grands champions du pays...

Quand un journaliste demanda à Carlos Sastre si on tenait enfin avec lui un vainqueur propre du Tour de France, celui-ci répondit un oui spontané largement employé dans le milieu du cyclisme alors que depuis l'âge de 18 ans tout cycliste ibérique ambitieux comme l'est Carlos Sastre fait usage de la fléchette pour constamment progresser. A la question suivante, le sympathique Carlos (car lui est au moins sympathique à l'inverse des Armstrong et consorts...) dédia sa victoire à son beau-frère José-Maria Jimenez. L'homme qui écrasait la montagne avec une facilité trop suspecte pour être crédible. L'homme qui finit sa carrière tellement dépressif qu'il mourra d'une crise cardiaque dans un hôpital glauque. Sastre avoua ensuite qu'il s'était inspiré de Laurent Jalabert qu'il avait côtoyé à la ONCE puis à la CSC au début de sa carrière. Et des méthodes employées par le numéro un mondial des années EPO...

Depuis quatre ans, Carlos Sastre était devenu le coureur le plus régulier des Tour de France et d'Espagne. Un spécialiste des courses de trois semaines. En 2005 et 2007, deuxième de la Vuelta derrière Denis Menchov. En 2006, troisième du Tour derrière Oscar Pereiro et Andreas Klöden. Jusqu'en 2006, il était l'équipier fidèle d'Ivan Basso en montagne et il devint enfin leader après l'implication de ce dernier dans l'Opération Puerto. L'Espagnol tournait autour depuis un moment. Ce Tour 2008 constituait probablement sa dernière chance grâce à la place moins importante donnée aux contre-la-montre et surtout l'absence des plus grands dopés du peloton (Rasmussen, Contador, Basso, Vinokourov, Klöden, Leipheimer et Di Luca) sur cette édition du soit disant renouveau...

Carlos Sastre était aussi intégré au sein d'une équipe CSC terriblement forte et homogène où les frères Schleck ont fait diversion pendant trois semaines, monopolisant l'attention des suiveurs et spécialistes du Tour de France. Bjarne Riis avait parfaitement caché son jeu en lançant d'abord Franck Schleck à l'assaut du maillot jaune dans Hautacam. Pour une seconde, ce dernier échouerait au profit de Cadel Evans. Mais ce n'était que partie remise puisqu'à Prato Nevoso, l'aîné des frères Schleck s'emparerait de la tête du classement général. N'osant pas dans la Bonette, temporisant dans la Croix-de-Fer, on commençait à croire que la CSC allait perdre le Tour de France dans le dernier contre-la-montre au profit de Cadel Evans bien meilleur rouleur sur le papier. C'était sans compter sur l'attaque fulgurante de Carlos Sastre dès le pied de l'Alpe-d'Huez dans l'étape reine des Alpes. Après deux cols hors-catégorie et près de 200 kilomètres de course, le Madrilène s'envolait seul à la conquête du Tour de France. Victoire mythique à l'Alpe doublée du maillot jaune. Un maillot jaune qu'il préserverait contre vents et marées jusqu'à Paris pour une petite minute sur Cadel Evans malgré le dernier chrono défavorable de St Amand-en-Montrond...

Sastre venait là de saisir la chance de sa vie. Jamais contrôlé positif tout au long de sa carrière, l'Espagnol a su parfaitement doser sa préparation spécifique à l'instar de son mentor Laurent Jalabert. Et ce n'est logiquement pas aujourd'hui qu'il va tomber dans la nasse tellement il semble bien piloté médicalement par les médecins de la CSC. Qui transforment leurs rouleurs surpuissants Fabian Cancellara et Jens Voigt en grimpeurs aériens dans les cols hors-catégorie du Tour de France. Avant de passer la main à Andy et Franck Schleck dans les ascensions finales... qui mettent Carlos Sastre sur orbite pour conlure ! Il l'a fait astucieusement en ce dimanche 27 juillet 2008 sur les Champs-Elysées parisiens, succédant à ses compatriotes Oscar Pereiro et Alberto Contador...

Photo de Carlos Sastre (Team CSC-Saxo Bank)

# Posté le lundi 28 juillet 2008 11:03

Modifié le lundi 28 juillet 2008 11:59

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