Tour de Romandie

Tour de Romandie
Dekker confirme

Comme chaque année au début du mois de mai, les courses par étapes prennent le relais des classiques d'un jour. Le Tour de Romandie est la première d'entre elles. Par tradition, on y retrouve des coureurs souhaitant affiner leur condition pour le Tour d'Italie qui démarre deux semaines plus tard ou préparant tout simplement le Tour de France au début du mois de juillet. Le Tour de Romandie souffre d'un mauvaise publicité depuis quelques années. Celle du dopage. Trois années de suite un coureur de l'équipe locale Phonak l'a emporté. Tyler Hamilton en 2003 et 2004 avant de se faire contrôler positif à la transfusion sanguine. Puis Santiago Botero en 2005 avant d'être impliqué dans le scandale de l'Opération Puerto. Un temps affaire classée, le vaste scandale de dopage sanguin en Espagne revient sur le devant de la scène ces dernières semaines. Avec à sa tête Ivan Basso. Qui s'est enfin décidé à reconnaître son implication du côté de Madrid. Et qui se dit même prêt à collaborer avec la justice. On croit rêver ! En espérant que le vainqueur du Giro 2006 aura le courage d'aller au bout des choses en déballant tout son sac. Chose que ses prédécesseurs Marco Pantani et Dario Frigo tombés dans la nasse n'avaient pas réussi à faire en leur temps malgré des promesses tapageuses de grande lessive. En attendant, le vélo continue de rouler. Envers et contre tout. Paolo Savoldelli, Monsieur Prologue du Tour de Romandie, s'impose une nouvelle fois dans son exercice favori, celui du casse-cou dans les rues de Fribourg. A deux semaines du départ du Giro, l'Italien se positionne. Comme toute son équipe Astana. Qui verrouille la course tous les jours pour permettre à son leader de parader en jaune sur les routes romandes. La première étape sourit à un opportuniste. Marcus Fothen résiste au retour du peloton lancé à ses trousses dans la dernière ligne droite et s'impose en réglant parfaitement son compagnon de fugue Francisco Perez. Mais qui est donc ce Francisco Perez bien connu des paysages romands ? Ni plus ni moins un ancien membre de la peu recommandable équipe Milanenza qui avait dynamité cette même course en 2003. A tel point qu'elle avait manqué de faire vaciller le grand imposteur Tyler Hamilton. Francisco Perez avait plané cette année-là en Romandie. Dans chaque ascension, il avait lâché tout le monde. Un jour où il avait étape gagnée, il s'était trompé pathétiquement de chemin dans le final. Cela ne l'avait pas empêché de l'emporter le lendemain dans la grande étape de montagne. Et de revêtir un temps le maillot jaune de leader. Avant de se faire dominer contre-la-montre par les spécialistes. Moins d'un mois plus tard, ce même Francisco Perez s'était fait contrôler positif à l'EPO. Cela lui avait valu deux ans de suspension. Une nouvelle anecdote qui confirme que le cyclisme adore recycler ses meilleurs tricheurs ! Le lendemain à Lucens, le seul sprint massif de la semaine sourit à Robbie McEwen, le seul sprinter de classe mondiale engagé cette année en Suisse. Vendredi, Matteo Bono fait un grand numéro dans l'étape de moyenne montagne se finissant à Charmey. Il règle au sprint ses deux compagnons d'échappée Beppu et Pinotti après plus de 150 kilomètres d�échappée. Déjà vainqueur d'une étape similaire sur Tirreno-Adriatico, Bonno incarne la relève du cyclisme italien. En moins suspecte que l'arrogant et controversé Ricardo Ricco. Samedi a lieu la grande étape de montagne, celle qui va décider en grande partie du classement général de ce Tour de Romandie. L'équipe Astana fait de nouveau une très grosse impression. Elle maintient à distance les échappés du jour. Parmi lesquels le revenant David Moncoutié. Malheureusement pour le français, l'étape tourne au drame lorsqu'il chute dans une descente détrempée. Moncoutié qui revenait juste d'une tendinite de la rotule se fracture ici le col de fémur. Saison quasi-terminée et fin de carrière plus ou moins dans l'air. L'étape se déroule dans des conditions épouvantables. Et Eddy Mazzoleni emmène ce qui reste du peloton à un train d'enfer dans l'ascension finale. Jose Angel Gomez Marchante s'essaie mais il est rapidement contré par Sylvester Szymd. Le Polonais résiste deux kilomètres avant d'être débordé par le Basque bondissant Igor Anton. Derrière, sous l'impulsion de Chris Horner, le peloton explose. Le leader Paolo Savoldelli ne peut pas suivre. A Horner, qui va se parer de jaune en haut de Morgins, se joint Thomas Dekker et John Gadret. Les trois hommes rejoignent Igor Anton qui sait se faire oublier dans le final pour l'emporter au sprint non sans avoir fait une vague devant Thomas Dekker. La course romande se finit comme d'habitude par un chrono dans les rues de Lausanne. Qui permet à Thomas Dekker de confirmer son immense potentiel. Déjà vainqueur de Tirenno-Adriatico l'an passé, le jeune Néerlandais domine tout le monde contre-la-montre. Même les deux leaders de l'équipe Astana Paolo Savoldelli et Andrey Kashechkin qui se joignent à lui sur le podium final. Chris Horner rétrograde en cinquième position, derrière son leader et vainqueur sortant Cadel Evans moins incisif cette année. John Gadret finit onzième et premier français sur les bords du Lac Léman...

Classement général final :
1. Thomas Dekker (PBS, Rabobank) en 17h27'02"
2. Paolo Savoldelli (ITA, Astana) à 11 sec.
3. Andrey Kashechkin (KAZ, Astana) à 34 sec.
4. Cadel Evans (AUS, Predictor-Lotto) à 43 sec.
5. Chris Horner (USA, Predictor-Lotto) à 46 sec.
6. Roman Kreuziger (TCH, Liquigas) à 1'35"
7. Igor Anton (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 1'51"
8. Andy Schleck (LUX, Team CSC) à 1'53"
9. Sylvester Szmyd (POL, Lampre-Fondital) à 1'55"
10. Janez Brajkovic (SLO, Discovery Channel) à 2'00"


Photo de Thomas Dekker (PBS, Rabobank) entre Paolo Savoldelli (ITA, Astana) et Andrey Kashechkin (KAZ, Astana)

# Posté le mardi 08 mai 2007 05:49

Modifié le dimanche 03 février 2008 19:47

Liège-Bastogne-Liège

Liège-Bastogne-Liège
Di Luca, roi des Ardennes

Trôner sur le podium d'une grande classique, ça ne s'improvise pas ! Le kilométrage hors du commun, les difficultés qui ont bâti des mythes, la présence massive des plus grands champions du peloton sont trois arguments majeurs qui éliminent presque d'entrée de jeu les coureurs candidats à la victoire sur le papier. Quelque soit le déroulement de la course, quelques soient les conditions climatiques, il s'avère improbable de voir un coureur de l'ombre sortir de l'anonymat dans une classique, qu'elle soit flandrienne ou ardennaise. La campagne des classiques 2007 nous l'aura prouvé une fois de plus, elle qui s'achève aujourd'hui avec la 93ème édition de Liège-Bastogne-Liège, l'un des plus beaux monuments cyclistes, l'un des plus convoités aussi au carrefour entre la campagne des classiques et la période des grandes courses par étapes. Ce dernier dimanche d'avril, ils sont une dizaine sur le papier à pouvoir espérer exhausser leur rêve. La classique wallonne est longue, avec 262 kilomètres au programme, mais sa première partie est dépourvue de difficultés. C'est l'occasion pour les coureurs convaincus de ne pas pouvoir peser dans le final de la course de se mettre en avant. Le Biélorusse Vasil Kiryienka (Tinkoff Credit Systems) invite les attaquants matinaux à se joindre à lui dès le 7ème kilomètre d'une épreuve qui s'annonce caniculaire pour la saison. Trois hommes répondent à son invitation pour se joindre à l'échappée du matin : le Français Rémy Di Gregorio (Française des Jeux), le Vénézuélien Unaï Etxebarria (Euskaltel-Euskadi) et le Belge Jan Kuyckx (Landbouwkrediet-Tönnisteiner). Et voilà comment se constitue, dès le 7ème kilomètre de course, un quatuor de tête amené à peser sur l'épreuve une longue partie de la journée. Les quatre hommes s'embarquent en effet dans une longue aventure, ce qu'ils saisissent rapidement à la vue des écarts indiqués par l'ardoisier. Effectivement, le peloton s'est relevé pour offrir jusqu'à 18'30" d'avance aux éclaireurs après 70 kilomètres de fugue seulement. Ce n'est pas insurmontable, d'autant plus que les routes se corsent après le virage de Bastogne, mais c'est suffisant pour offrir un peu de médiatisation à Rémy Di Gregorio, Unaï Etxebarria, Vasil Kiryienka et Jan Kuyckx. Les quatre échappés matinaux n'iront certainement pas au bout mais ils iront loin. Et ils entament en tête, sous le soleil, les premières difficultés de Liège-Bastogne-Liège. Celles-ci se chargent de désorganiser le groupe de tête en lui ôtant ses maillons les plus faibles. Jan Kuyckx saute dans la côte de Stockeu à 83 kilomètres de l'arrivée, Kiryienka disparaît dans la montée de la Redoute à 35 kilomètres du but. Et ce sont donc deux rescapés de cette échappée au long cours, Rémy Di Gregorio et Unaï Etxebarria, qui franchissent en tête la célèbre côte de la Redoute, considérée comme le tournant de la classique belge. De tournant cependant, il n'y en aura guère dans la Redoute. Nerveux, le champion du monde Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic) fait le tempo en tête de peloton, ne cessant pas de se retourner pour toiser ses adversaires. Cette longue phase de temporisation condamne toute man½uvre offensive sur les pentes de la Redoute. Inhabituellement, c'est un peloton massif et passif qui franchit le sommet à la poursuite des deux derniers échappés matinaux ! Quelques hommes d'action figurent heureusement au sein de ce peloton, et Stefan Schumacher (Gerolsteiner) en fait partie. Vainqueur de l'Amstel Gold Race la semaine dernière, l'Allemand démarre dans la côte de Sprimont pour se lancer à la poursuite des hommes de tête en compagnie de Karsten Kroon (Team CSC), Vincenzo Nibali (Liquigas), Carlos Barredo et Cédric Vasseur (Quick Step-Innergetic). A 27 kilomètres de l'arrivée, les cinq poursuivants rejoignent les deux leaders matinaux. Derrière ce groupe de sept unités, un large peloton demeure en embuscade, à une trentaine de secondes. Stefan Schumacher joue son va-tout dans les dernières difficultés le séparant de Liège. Il relance l'allure dans la côte de Sart-Tilman, à 17 kilomètres du but, pour s'isoler de manière définitive. Ses compagnons d'échappée, parmi lesquels un valeureux Rémy Di Gregorio, échappé durant 235 kilomètres, sont rejoints par le peloton. Le sort de Stefan Schumacher ne tardera pas à rejoindre celui des autres attaquants initiaux. L'Allemand doit s'incliner à son tour à 6 kilomètres du but, au pied de la côte de Saint-Nicolas, souvent considérée comme le juge de paix de Liège-Bastogne-Liège. Malheureusement, en dépit de quelques accélérations de Damiano Cunego (Lampre-Fondital), Paolo Bettini et même John Gadret (Ag2r Prévoyance), ils sont encore nombreux à franchir le sommet. Pour le moins, une trentaine. Ca bouchonne à l'entrée de Liège, dans ce final aux allures atypiques, mais deux coureurs vont néanmoins parvenir à saisir leur chance à 4 kilomètres de l'arrivée. Démarrant dans le dos de leurs adversaires, Frank Schleck (Team CSC) et Danilo Di Luca (Liquigas) s'octroient soudain plusieurs dizaines de mètres d'avance. Le Luxembourgeois abat seul une grosse partie du travail, sans demander de soutien de la part de l'Italien, afin de contenir le retour du mince peloton. Le duo se présente ainsi légèrement en tête dans la côte finale menant à Ans. Mais devant le retour pressant du peloton, Danilo Di Luca choisit l'exil. L'Italien attaque Frank Schleck à 400 mètres de l'arrivée pour s'envoler vers un premier succès dans Liège-Bastogne-Liège, lui qui avait remporté l'Amstel Gold Race et la Flèche Wallonne en 2005. Danilo Di Luca grimpe ainsi sur le podium pour la troisième fois de la semaine, mais il trône cette fois sur la plus haute marche, concluant la campagne printanière devant Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne) et Frank Schleck. Di Luca, vainqueur en 2005 de l'Amstel et de la Flèche, remporte ici la seule classique ardennaise qui manquait à son palmarès. Liège, de surcroît la plus belle. En 2006, il s'était présenté à court de condition fin avril car il préparait exclusivement le Giro. Un Giro qu'il rêvait secrètement de remporter. Mais tombant rapidement malade sur le Tour d'Italie, il avait raté toute la première partie de sa saison. En 2007, le bel italien n'a pas voulu recomettre les mêmes erreurs. Déjà troisième de l'Amstel et de la Flèche, Danilo Di Luca a fini par l'emporter dans la doyenne des classiques devant Alejandro Valverde, assurément le plus fort dans ce type d'arrivée en côte, mais trop attentiste dans les derniers kilomètres...

Classement général final :
1. Danilo Di Luca (ITA, Liquigas) les 262 km en 6h37'24" (39,6 km/h)
2. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) à 3 sec.
3. Frank Schleck (LUX, Team CSC) m.t.
4. Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic) à 6 sec.
5. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) m.t.
6. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) à 7 sec.
7. Damiano Cunego (ITA, Lampre-Fondital) à 9 sec.
8. Matthias Kessler (ALL, Astana)
9. Juan Jose Cobo (ESP, Saunier Duval-Prodir) m.t.
10. Kim Kirchen (LUX, T-Mobile) m.t.


Photo de Danilo Di Luca (ITA, Liquigas)

# Posté le lundi 30 avril 2007 08:26

Flèche Wallonne

Flèche Wallonne
Eternel Rebellin

C'est un plateau royal qui est rassemblé aujourd'hui sur la 71ème édition de la Flèche Wallonne. Trois jours après l'Amstel Gold Race et quatre jours avant le très convoité Liège-Bastogne-Liège, les meilleurs coureurs du monde prennent leurs quartiers dans les Ardennes pour découvrir un parcours réactualisé de 202 kilomètres. L'épreuve compte désormais quelques bosses de plus mais surtout de nouveaux paysages. Onze difficultés sont répertoriées sur le parcours de la classique belge : la côte d'Ereffe, la côte de Pailhe, la côte de Peu d'Eau, la côte de Haut-Bois, la côte de Thon, la côte de Bonneville, la côte de Bohissau, la côte de Ahin et bien entendu trois ascensions du Mur de Huy et ses 1300 mètres de long à 9,3 %, présentant des passages à 20 % dans ses deux virages fort relevés conduisant vers la ligne d'arrivée. Au départ, donc, chacune des formations peut s'appuyer sur un, deux, voire trois leaders. Et le public se demande si le nouveau parcours bâti par les organisateurs permettra de mettre à mal un scénario trop souvent répété ces dernières années, avec un peloton compact se présentant au pied du Mur de Huy pour une explication à la pédale dans la dernière ascension. Le film de la course prend en tout cas des allures classiques en début de journée, avec l'éclosion d'une échappée matinale au 40ème kilomètre. Présent dans tous les coups du matin, le Mayennais Freddy Bichot (Agritubel) finit par accrocher la bonne échappée en compagnie du Suisse David Loosli (Lampre-Fondital), du Basque Gorka Verdugo (Euskaltel-Euskadi) et du Breton Christophe Le Mével (Crédit Agricole). Le peloton lève le pied. L'avance du groupe de tête grimpe à sept minutes, écart stabilisé par une équipe Caisse d'Epargne bien décidée à peser sur la course. Le quatuor comprend bien vite qu'il ne servira qu'à amuser la galerie avant le final vallonné. Tour à tour, Christophe Le Mével, David Loosli, Freddy Bichot et Gorka Verdugo sont ainsi rejoints dans les bosses, tout restant à refaire à 40 kilomètres du but. La route s'ouvre alors pour les favoris à la victoire dans cette Flèche Wallonne, lesquels délèguent néanmoins d'abord leur pouvoir à leurs meilleurs lieutenants. De multiples attaques sont enregistrées sur les hauteurs de Bonneville, de Bohissau et de Ahin, mais le peloton n'est jamais bien loin des éclaireurs, qui se succèdent en tête de course. La côte de Ahin permet toutefois à Joaquin Rodriguez (Caisse d'Epargne) de prendre le large, avec le consentement d'Alejandro Valverde. Ce dernier est également présent dans le final, coincé dans un groupe intercalé entre Rodriguez et le peloton, en compagnie de Danilo Di Luca (Liquigas) et Kim Kirchen (T-Mobile). Mais le paquet n'est pas loin. L'enchaînement des nouvelles côtes n'aura pas permis d'inspirer de nouvelles tactiques et c'est un regroupement général qui s'opère sous la flamme rouge. Les meilleurs entament alors l'ascension du Mur de Huy en tête de peloton pour se dégager à la régulière. Matthias Kessler (Astana) et Riccardo Ricco (Saunier Duval-Prodir) apparaissent costauds dans les virages à 20 % mais ils coincent dans les derniers hectomètres. Resté caché, Davide Rebellin (Gerolsteiner) démarre alors pour aller conquérir en solitaire sa deuxième Flèche Wallonne. Vainqueur en 2004, il précède au sommet Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne), lauréat en 2006, et Danilo Di Luca (Liquigas), sacré en 2005. Un podium royal à la mesure de l'événement.

Classement général final :
1. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) les 202 km en 4h48'06" (42,2 km/h)
2. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) à 6 sec.
3. Danilo Di Luca (ITA, Liquigas) m.t.
4. Matthias Kessler (ALL, Astana) à 8 sec.
5. Riccardo Ricco (ITA, Saunier Duval-Prodir) m.t.
6. Rinaldo Nocentini (ITA, Ag2r Prévoyance) à 13 sec.
7. Fränk Schleck (LUX, Team CSC) à 16 sec.
8. John Gadret (FRA, Ag2r Prévoyance) à 19 sec.
9. Robert Gesink (PBS, Rabobank) m.t.
10. Tadej Valjavec (SLO, Lampre-Fondital) m.t.


Photo de Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) entre Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) et Danilo Di Luca (ITA, Liquigas)

# Posté le mercredi 25 avril 2007 11:16

Modifié le mercredi 25 avril 2007 12:42

Amstel Gold Race

Amstel Gold Race
Schumacher grandit encore

On change de braquet aujourd'hui avec le début de la campagne des classiques ardennaises. Celle-ci sera courte, bien plus brève que celle des classiques flandriennes, puisqu'elle ne comptera que trois rendez-vous en huit jours : l'Amstel Gold Race pour le coup d'envoi, la Flèche Wallonne pour la revanche, Liège-Bastogne-Liège pour la belle. Les ardennaises, comme les flandriennes, sont vraiment une affaire de spécialistes. Impossible d'y trouver à l'avant, dans le final, un coureur inconnu du grand public. Ceux qui s'y illustrent occupent depuis longtemps une place privilégiée au sein du peloton, comme c'est le cas du surdoué de l'Amstel Gold Race, le Néerlandais Michael Boogerd (Rabobank). Au cours de sa traditionnelle conférence d'avant-course cette semaine, le champion des Pays-Bas a surpris son monde en annonçant qu'il mettrait un terme à sa carrière à l'issue de la présente saison ! Michael Boogerd participe aujourd'hui pour la dernière fois à la classique de ses rêves. Et s'il y a une roue à prendre au cours des 253 kilomètres de course entre Maastricht et Valkenburg, c'est bien la sienne. Le Néerlandais s'est en effet glissé à neuf reprises dans le Top 10 ces neuf dernières années, grimpant sept fois sur le podium : 4ème en 1998, 1er en 1999, 2ème en 2000, 9ème en 2001, 3ème en 2002, 2ème en 2003, 2ème en 2004, 2ème en 2005 et 3ème en 2006. Il est évident que, pour sa dernière participation à l'Amstel, Michael Boogerd sera des candidats à la victoire, lui qui affiche toujours un gros potentiel, parfois trop discret mais d'une régularité unique. Malheureusement, le champion néerlandais manque de vélocité en cas d'arrivée au sprint, ce qui lui a coûté nombre de grandes victoires au cours de sa carrière. Il demeure l'un des premiers candidats au sacre sur les hauteurs du Cauberg ce soir. Sous un soleil radieux qui aura décidément accompagné chacune des classiques de printemps, le départ se veut extrêmement rapide. On tourne à 47 de moyenne au cours de la première heure de course, ce qui n'empêche pas un quintet de se dégager au 45ème kilomètre. Ce groupe de tête est composé d'Olivier Bonnaire (Bouygues Telecom), Nick Ingels (Predictor-Lotto), Daniel Musiol (Team Wiesenhof-Felt), Piet Rooijakkers (Skil-Shimano) et Tom Stubbe (Chocolade Jacques-Topsport Vlaanderen). Les cinq échappés prennent jusqu'à 8'30" d'avance puis perdent progressivement du temps sur le peloton, qui réduit son retard dans les innombrables côtes au programme de la journée. On compte une trentaine de bosses redoutables au "plat-pays", ce qui fait sauter Nick Ingels après une centaine de kilomètres d'échappée. Les quatre derniers rescapés de l'échappée matinale poursuivent leur combat mais le peloton se rapproche très près. Dans le Wolfsberg, à 45 kilomètres de l'arrivée, la course s'anime de nouveau au c½ur du peloton. Plusieurs coureurs démarrent pour se joindre au groupe de tête, parmi lesquels Juan-Antonio Flecha (Rabobank), René Haselbacher (Astana), Alexandr Kolobnev (Team CSC), Pieter Mertens (Predictor-Lotto), Daniele Righi (Lampre-Fondital), Jens Voigt (Team CSC), Steffen Wesemann (Team Wiesenhof-Felt) et Constantino Zaballa (Caisse d'Epargne). De ces nombreux fugitifs, seuls Daniele Righi, Jens Voigt et Steffen Wesemann prolongent leur effort quelques centaines de mètres devant un peloton qui s'est organisé afin de reprendre tout le monde avant les 30 derniers kilomètres de course. Au c½ur de ce peloton figurent encore tous les favoris, y compris le vainqueur sortant Frank Schleck (Team CSC), en dépit d'une mauvaise chute qui l'a traîné sur le dos à l'abord du final, taillant son maillot en lambeaux. Le peloton est regroupé à 30 kilomètres de l'arrivée mais la course tarde à se décanter. Il faut finalement attendre l'ascension du Fromberg, à 18 kilomètres du but, pour voir les favoris déclencher la grande bagarre. Et c'est Steffan Schumacher (Gerolsteiner) qui s'y colle, invitant les grands favoris à se joindre à lui dans l'avant-dernière difficulté du parcours. Sept hommes répondent du tac au tac : Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic), Michael Boogerd (Rabobank), Matthias Kessler (Astana), Danilo Di Luca (Liquigas), Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne), Davide Rebellin et Fabian Wegmann (Gerolsteiner). L'équipe Gerolsteiner est en nette supériorité numérique, avec trois représentants dans le groupe des huit échappés. Mais Fabian Wegmann est décramponné dans l'ascension du Keutenberg, et ils sont sept à aborder le final avec pour point de mire une dernière difficulté : la grimpée décisive du Cauberg. Bettini, Boogerd, Di Luca, Kessler, Valverde, Rebellin et Schumacher sont les représentants d'une échappée royale. Et l'équipe Geroslteiner demeure la formation à battre, avec deux candidats à la victoire. La bonne roue à prendre, nous le disions, est celle de Michael Boogerd. Stefan Schumacher l'a bien senti. Aussi, à 2 kilomètres du but, l'Allemand repart à l'assaut, se dégageant de la roue du champion des Pays-Bas, lequel hésite à en faire de trop si près du but. L'hésitation qui gagne dès lors le groupe de tête est bénéfique à Stefan Schumacher, qui ne se retourne plus pour avaler sereinement l'ascension du Cauberg et triompher au sommet de la côte néerlandaise. Un peu plus loin, son coéquipier Davide Rebellin vient parachever le merveilleux travail de l'équipe Gerolsteiner en se classant 2ème, juste devant Danilo Di Luca. Bettini et Valverde doivent se contenter de places d'honneur, avant la revanche mercredi.

Classement général final :
1. Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner) les 253 km en 6h11'49"
2. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) à 21 sec.
3. Danilo Di Luca (ITA, Liquigas) à 22 sec.
4. Matthias Kessler (ALL, Astana) à 23 sec.
5. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) à 24 sec.
6. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) à 27 sec.
7. Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic) m.t.
8. Oscar Freire (ESP, Rabobank) à 1'07"
9. Riccardo Ricco (ITA, Saunier Duval-Prodir) m.t.
10. Fränk Schleck (LUX, Team CSC) m.t.


Photo de Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner) entre Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) et Danilo Di Luca (ITA, Liquigas)

# Posté le lundi 23 avril 2007 10:38

Paris-Roubaix

Paris-Roubaix
O'Grady, ô champion

S'il est une chose avérée, c'est que Paris-Roubaix ne se gagne jamais par hasard. Seuls les champions sont admis à franchir les portes du vélodrome roubaisien en tête, quête des plus beaux chasseurs de classiques d'un sport qui renoue le temps d'une journée avec les clichés d'antan. Dans l'antre du vélodrome nordiste naissent les champions, après 259,5 kilomètres de course dont 52,7 pavés, qu'ils soient boueux ou poussiéreux. Aujourd'hui en l'occurrence, c'est la poussière qui planera sur la 105ème édition de Paris-Roubaix. Il règne à Compiègne une chaleur estivale contraire aux images traditionnelles de la reine des classiques. Le pavé est sec, ce qui engendrera tout au long de la journée des nuages de cendre au passage des guerriers. Pour vaincre Paris-Roubaix cette année, il faudra consentir à avaler de la poussière, à s'hasarder au milieu d'un épais manteau poudreux, à échapper aux pièges de la chaussée et aux maladresses des moins exercés tout en gérant ses forces pour une bataille à la tournure atypique. Impossible, dans l'Enfer du Nord, de présager du scénario de l'épreuve. Paris-Roubaix, ce n'est pas une course, ce sont des courses... Avec un flot d'attaques, de chutes, de crevaisons, d'incidents. Chacun fait sa propre expérience de la plus fascinante des classiques cyclistes. Celle que va vivre Stuart O'Grady (Team CSC) aujourd'hui est tout à fait épique. L'Australien a pour mission d'épauler le vainqueur sortant Fabian Cancellara en se glissant dans l'échappée matinale auprès d'Auger (Française des Jeux), Bacquet, Goesinnen et Lhotellerie (Skil-Shimano), Bileka (Discovery Channel), Breschel et Roberts (Team CSC), De Groot (Rabobank), Dean et Engoulvent (Crédit Agricole), Kopp et Stamsnijder (Gerolsteiner), Franzoi (Lampre-Fondital), Grabsch (Team Milram), Grabsch, Hammond et Klier (T-Mobile), Iriondo (Euskaltel-Euskadi), Mikhailov (Astana), Petito et Willems (Liquigas), Portal et Rojas (Caisse d'Epargne), Pollack et Wagner (Team Wiesenhof-Felt), Poulhiès et Rousseau (Ag2r Prévoyance), Putsep (Bouygues Telecom), Steels et Van Avermaet (Predictor-Lotto), Tosatto et Van Impe (Quick Step-Innergetic) et Valentin (Cofidis). De scénario atypique, il en sera effectivement question dans la 105ème édition de Paris-Roubaix. Avec trente-quatre échappés au sein de la fugue qui se détache au 30ème kilomètre, le film de la course s'annonce hors normes. Chacun des grands favoris compte un représentant à l'avant, ce qui les assure d'un soutien précieux dans le final. Mais à trente-quatre devant, convient-il encore de parler d'échappée ? Le groupe de tête possède suffisamment d'arguments pour faire un bon bout de chemin en aval du peloton, qu'il précède rapidement de cinq minutes sur les routes surchauffées de la reine des classiques, à l'approche de la Tranchée d'Arenberg. A 95 kilomètres de l'arrivée, la légendaire Trouée est le secteur stratégique de l'épreuve. Du groupe de tête, Ralf Grabsch s'isole dès le secteur de Verchain-Maugré, histoire de se faire un nom et de franchir en tête les 2400 mètres rectilignes de pavés disjoints. Un homme seul en éclaireur dans la Tranchée d'Arenberg, voilà encore un signe du caractère exceptionnel de cette 105ème édition de Paris-Roubaix. Mais Arenberg ne va pas trancher. L'unique trouée se fait dans le pneu de Stuart O'Grady, contraint d'abandonner sa position de tête pour attendre un peloton dans lequel figurent encore tous les favoris. Malgré une accélération de Tom Boonen (Quick Step-Innergetic), on compte effectivement une cinquantaine de concurrents au sein du paquet à la sortie d'Arenberg. Tom Boonen et consorts ont beau avoir l'expérience de l'Enfer du Nord, leurs repères traditionnels sont faussés par ce scénario inédit. A la sortie d'Arenberg, une trentaine d'hommes précèdent toujours un peloton massif. Et malgré plusieurs timides tentatives, les favoris ne parviennent pas à décanter la situation. Les écarts se resserrent cependant avec la tête de course, stagnant constamment aux alentours de la minute. Cela permet à Juan-Antono Flecha (Rabobank), Björn Leukemans (Predictor-Lotto) et Lars Michaelsen (Team CSC) de se joindre aux rescapés de l'échappée matinale, Breschel, Franzoi, Grabsch, Petito et Pollack, précédés depuis le secteur d'Auchy-lez-Orchies, à 55 kilomètres de l'arrivée, par David Kopp et Kevin Van Impe. Sur les pavés poussiéreux, il semble ainsi que les favoris n'aient qu'un bond à faire pour se lier aux dix derniers coureurs encore en tête. Mais la petite minute qui sépare l'avant de la course du groupe des cadors, qui s'est réduit à une quinzaine d'unités après le secteur de Tilloy et une nouvelle accélération de Tom Boonen, ne peut être colmatée par ceux qui portent la pancarte. Les moindres mouvements de Tom Boonen sont guettés par ses adversaires, Fabian Cancellara est éjecté sur crevaison, Alessandro Ballan est trop juste et doit lâcher prise. Quant à Leif Hoste et Stijn Devolder, ils subissent le marquage de Boonen. Dans ce contexte, il n'y a guère que les outsiders pour effectuer la jonction avec le groupe de tête. Steffen Wesemann (Team Wiesenhof-Felt), Roger Hammond (T-Mobile) et l'infatigable Stuart O'Grady trouvent l'ouverture sur les pavés du Moulin de Vertain, à 35 kilomètres du but. En deux temps trois mouvements, les voilà intégrés au groupe de tête, recomposé avant l'entrée dans le secteur-pavé de Cysoing. Mais pour Stuart O'Grady, qui vient de retrouver la tête de course, il n'est pas question d'en rester là. L'Australien lance l'assaut sur les pavés ensablés de Cysoing. Dans la brume qui s'échappe de sa roue arrière, les autres membres de l'échappée marquent le pas. C'est le tournant de Paris-Roubaix. Echappé matinal depuis le 30ème kilomètre, expulsé du groupe de tête après une crevaison dans Arenberg, à nouveau à l'affût du bon coup au Moulin en Vertain pour reprendre place à l'avant, Stuart O'Grady se débarrasse cette fois de toute concurrence. A 25 kilomètres de l'arrivée, le champion ne se pose plus de question. Poussière et sueur forment un masque sur son visage martial. Et Stuart O'Grady élimine tour à tour les secteurs-pavés le séparant de son avènement au vélodrome. L'Australien laisse derrière lui Camphin-en-Pévèle, le Carrefour de l'Arbre et Gruson pour se présenter enfin en grand triomphateur dans l'arène roubaisienne. Là, seulement, Stuart O'Grady prend conscience de l'exploit accompli. A 33 ans, il entre dans l'histoire de Paris-Roubaix. Pour les places d'honneur, Juan-Antonio Flecha bat Steffen Wesemann 52 secondes plus tard. Une éternité pour O'Grady qui paraphe ici une carrière exceptionnelle...

Classement général final :
1. Stuart O'Grady (AUS, Team CSC) les 259,5 km en 6h09'07" (42,2 km/h)
2. Juan-Antonio Flecha (ESP, Rabobank) à 52 sec.
3. Steffen Wesemann (SUI, Team Wiesenhof-Felt) m.t.
4. Björn Leukemans (BEL, Predictor-Lotto) à 53 sec.
5. Roberto Petito (ITA, Liquigas) à 55 sec.
6. Tom Boonen (BEL, Quick Step-Innergetic) m.t.
7. Roger Hammond (GBR, T-Mobile) m.t.
8. Enrico Franzoi (ITA, Lampre-Fondital) à 56 sec.
9. Kevin Van Impe (BEL, Quick Step-Innergetic) à 1'24"
10. Fabio Baldato (ITA, Lampre-Fondital) à 2'27"


Photo de Stuart O'Grady (AUS, Team CSC)

# Posté le jeudi 19 avril 2007 09:48