Tour du Pays-Basque

Tour du Pays-Basque
La révélation Cobo

Comme souvent, le Tour du Pays-Basque est une affaire exclusivement espagnole. Elle l'est encore cette année. Et accouche d'un vainqueur inattendu, Juan-José Cobo. L'Espagne n'est pas en rade de grimpeurs, même après le retrait d'Eufemanio Fuentes du monde du cyclisme ! Le grand public ne connait pas ce Juan-José Cobo. Aussi anonyme que son jeune équipier Ricardo Ricco il y a quelques semaines, le coureur cantabrique de la Saunier Duval profite de la présence sous les mêmes couleurs de José-Angel Gomez-Marchante, Koldo Gil et autre Iban Mayo pour se faire une place devant dès la première étape du Tour du Pays-Basque. Et pour repartir ensuite à l'assaut dans l'avant-dernière étape et reconquérir un Maillot Jaune abandonné entre-temps par mégarde à l'Espagnol Angel Vicioso (Relax-Gam). Ca, c'était hier, mais aujourd'hui, rien n'est joué. Juan-José Cobo a fait son retour dans la course à la victoire finale, mais son adversaire Angel Vicioso ne pointe qu'à une seconde de lui au classement général. C'est donc le contre-la-montre individuel de 14 kilomètres, avec départ et arrivée à Oiartzun, qui décidera du vainqueur final de ce Tour du Pays-Basque. Le chrono se dispute sur route mouillée, suite à de nouveaux orages, décidément incessants cette semaine. Juan-José Cobo n'a pas de grandes références dans le chronomètre, mais le Maillot Jaune aidant, il va se sortir les tripes pour défendre un maillot largement mérité. Le coureur de Torrelavega va ainsi pouvoir ajouter une ligne de prestige à un palmarès qui ne demandait qu'à s'ouvrir cette année, après une 3ème place dans le Tour de Castille-Leon et une 5ème place au Grand Prix Miguel Indurain. Rapidement, le vent tourne en faveur de Juan-José Cobo. Le Maillot Jaune accomplit une meilleure performance que son adversaire du jour Angel Vicioso. Impressionnant sur le parcours basque, l'Espagnol s'en va conquérir une fabuleuse 3ème place à 4 secondes du lauréat. Il rate de peu une troisième victoire d'étape cette semaine mais s'adjuge le Tour du Pays-Basque, c'est le principal. Angel Vicioso est un peu moins à la fête. Il se classe 6ème à 40 secondes, tant et si bien que Juan-José Cobo s'adjuge l'édition 2007 de la ronde basque avec 37 secondes d'avance sur Angel Vicioso et 1'16" d'avance sur Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi). Autre sensation, à quatre semaines du départ du Giro, Damiano Cunego (Lampre-Fondital) confirme les énormes progrès accomplis dans l'épreuve chronométrée. Il termine 4ème du chrono à 14 secondes. La victoire, elle, revient à un coureur inattendu à pareille fête. Le Basque Samuel Sanchez s'affirme lui aussi comme un bon spécialiste de l'effort chronométré en précédant le vainqueur sortant de la course au soleil Alberto Contador de 2 secondes. S'il avait réalisé la même performance l'an passsé, il aurait gagné le Tour du Pays-Basque. Cette semaine, Sanchez finit troisième surpris par un Cobo suscitant bien des interrogations et un Vicioso impliqué dans l'Opération Puerto. Angel Vicioso, l'ange vicieux en français, c'est ce sprinter roublard à ses débuts chez Kelme... devenu un coureur complet sous les ordres de Manolo Saiz ! Comme Oscar Sevilla et Francisco Mancebo, il a trouvé refuge à la Relax-Gam, une équipe de seconde division espagnole peu scrupuleuse, et réappararaît donc cette semaine à la face honteuse du cyclisme ! Sinon, à noter la 5ème place d'Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne), lui aussi en nette progression dans le contre-la-montre, et finalement 5ème du Tour du Pays-Basque. Dans une semaine, il faudra compter à coup sûr pour les classiques ardennaises sur Damiano Cunego, Davide Rebellin, Samuel Sanchez, Frank Schleck et Alejandro Valverde. Il serait même fort étonnant de ne pas voir l'un d'entre eux grimper sur le podium de l'Amstel Gold Race, de la Flèche Wallonne ou de Liège-Bastogne-Liège...

Classement général final :
1. Juan-José Cobo (ESP, Saunier Duval-Prodir) en 21h56'38
2. Angel Vicioso (ESP, Relax-Gam) à 37 sec.
3. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 1'16"
4. Damiano Cunego (ITA, Lampre-Fondital) à 2'26"
5. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne) à 2'42"
6. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) à 2'50"
7. Tadej Valjavec (SLO, Lampre-Fondital) à 2'57
8. Frank Schleck (LUX, Team CSC) à 3'13"
9. Joaquin Rodriguez (ESP, Caisse d'Epargne) à 3'21"
10. Koldo Gil (ESP, Saunier Duval-Prodir) à 3'41"


Photo de Juan-José Cobo (ESP, Saunier Duval-Prodir)

# Posté le jeudi 19 avril 2007 09:35

Gand-Wevelgem

Gand-Wevelgem
Burghardt, la relève allemande

Décidément, les classiques flandriennes ont décidé cette année de s'offrir à des coureurs réguliers sur leur terrain mais encore méconnus du grand public en raison d'un palmarès vierge de tout monument. Dimanche dernier, le Tour des Flandres a mis en lumière Alessandro Ballan, un coureur qui tournait autour depuis déjà deux ans et à qui il ne manquait plus qu'un succès d'envergure pour enfin se faire un nom parmi les grands. Trois jours après le Ronde, c'est l'heure de Gand-Wevelgem. La 69ème édition de la semi-classique flamande est moins rude que les deux courses qui l'encadrent, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, mais son prestige en fait une épreuve à accrocher coûte que coûte à son palmarès. Un prestige renforcé par la participation de la plupart des chasseurs de classiques sur les 207 kilomètres ensoleillés. Les conditions météos sont encore une fois étonnamment excellentes en ce début d'avril. Certes, le calendrier cycliste a été déplacé d'une semaine cette saison, mais quand même, voilà bien longtemps qu'on n'avait pas vu pareil soleil sur les classiques flandriennes. Aussi, c'est à une vitesse vertigineuse que les coureurs vont avaler l'épreuve. A cette allure, il faut attendre longtemps avant l'éclosion de la première échappée. Elle est constituée de trois hommes : le Britannique Roger Hammond (T-Mobile) et les Français Florent Brard (Caisse d'Epargne) et Christophe Mengin (Française des Jeux). Le trio de tête a de l'allure. Il augmente son avance sur le parcours belge pour se porter loin devant le peloton. L'ardoisier indiquera 10'50" au maximum de l'aventure, soit à la mi-course. Le trio peut légitimement y croire. Derrière pourtant, on ne s'accorde aucun répit. De multiples chutes viennent entacher la poursuite, parmi lesquelles celle spectaculaire de Jimmy Casper (Unibet.com). La descente du Mont Kemmel provoque une hécatombe. Le Picard est évacué le visage en sang, avec une commotion cérébrale et une fracture au niveau de l'orbite ! Le bilan est lourd et les favoris décident de passer la seconde pour éviter ce genre d'incidents douloureux. Treize hommes s'échappent à la poursuite du trio de tête à 40 kilomètres de l'arrivée : Abakoumov et Rast (Astana), Baumann et Burghardt (T-Mobile), Boonen et Weylandt (Quick Step-Innergetic), Cooke (Unibet.com), Freire (Rabobank), McEwen (Predictor-Lotto), Nuyens (Cofidis), O'Grady (Team CSC), Rojas (Caisse d'Epargne) et Ventoso (Saunier Duval-Prodir). Mais Marcus Burghardt est impatient, et il redémarre dans le final pour se lancer à la poursuite des résistants Florent Brard, Roger Hammond et Christophe Mengin, flanqué des Espagnols Oscar Freire et Francisco-José Ventoso. Le trio poursuivant opère la jonction avec le trio de tête à 30 kilomètres de l'arrivée. Les six collaborent alors pour éviter un retour du peloton, seul Florent Brard étant un peu court et devant laisser filer le groupe. Il y a danger dans le final mais c'est bien entre les cinq échappés que se jouera la 69ème édition de Gand-Wevelgem. L'équipe T-Mobile a deux cartes à jouer, et elle décide d'abattre celle de Marcus Burghardt sous la flamme rouge. Souvent placé mais rarement gagnant, le jeune allemand de 23 ans s'adjuge à Wevelgem la première victoire de sa carrière ! Il précède son coéquipier Roger Hammond et l'ancien champion du monde Oscar Freire, Christophe Mengin se classant 5ème. Burghardt est un vent de fraîcheur pour le cyclisme allemand. Dans son équipe de la T-Mobile, la page sombre des années Ullrich est belle et bien tournée...

Classement général final :
1. Marcus Burghardt (ALL, T-Mobile) les 207 km en 4h52'14"
2. Roger Hammond (GBR, T-Mobile) à 4 sec.
3. Oscar Freire (ESP, Rabobank) à 5 sec.
4. Francisco-José Ventoso (ESP, Saunier Duval-Prodir) à 6 sec.
5. Christophe Mengin (FRA, Française des Jeux) m.t.
6. Robbie McEwen (AUS, Predictor-Lotto) à 15 sec.
7. Max Van Heeswsijk (PBS, Rabobank) m.t.
8. Baden Cooke (AUS, Unibet.com) m.t.
9. José-Joaquin Rojas (ESP, Caisse d'Epargne) m.t.
10. Alexandr Usov (BLR, Ag2r Prévoyance) m.t.


Photo de Marcus Burghardt (ALL, T-Mobile)

# Posté le lundi 16 avril 2007 05:52

Tour des Flandres

Tour des Flandres
Ballan, l'Italien des Flandres

Il règne un climat singulier sur la grand-place du beffroi de Bruges tôt ce matin. L'atmosphère propre au Tour des Flandres est tamisée par une lumière estivale. Pas un nuage dans l'infini ciel azur. Pas un brin d'air pour agiter les incontournables drapeaux frappés du lion des Flandres. Le printemps s'est invité plus tôt que d'ordinaire sur les routes flamandes, et c'est un Ronde baigné de soleil qui va se disputer aujourd'hui entre Bruges et Meerbeke. Le parcours de 259 kilomètres a été amputé du Koppenberg, mis à l'index à la suite des incidents de course dont il avait été le responsable il y a un an. Mais la course demeure âprement difficile, avec la concentration de dix-huit monts, pavés ou asphaltés, dans les 125 derniers kilomètres de la classique. Alors d'accord, le climat du jour présente le Tour des Flandres sous un angle méconnu, mais l'inquiétude prédomine sur le visage des principaux favoris du Ronde au départ à Bruges. Une anxiété justifiée par des conditions météos trop idéales pour un Tour des Flandres. Par beau temps, c'est l'allure de la course qui s'intensifie, la sélection naturelle qui se restreint, l'insouciance qui gagne davantage de coureurs. Pour les favoris, cela implique plus de monde dans le final et donc des stratégies de course différentes. Une moindre sélection suppose également une augmentation des risques d'incidents. Ca frotte davantage sur des routes où ça casse bien souvent plus que ça ne passe. Massés dans un peloton trop compact tout au long de la course, les coureurs vont aller au tapis à plusieurs reprises. Les chutes massives vont en effet se multiplier, impliquant nombre de favoris. Malgré leurs précautions, des têtes d'affiche comme Tom Boonen, Fabian Cancellara, Luca Paolini ou Erik Zabel vont aller voir de plus près à quoi ressemblent les pavés des Flandres. Avec des conséquences diverses mais une inquiétude partagée au fil des kilomètres. Car c'est en effet un peloton massif qui est appelé à affronter une grande partie de la course entre Bruges et Meerbeke. De ce peloton, sept coureurs s'extraient au 32ème kilomètre. David Boucher (Landbouwkrediet-Tonnisteiner), Enrico Franzoi (Lampre-Fondital), José-Vicente Garcia-Acosta (Caisse d'Epargne), Aleksandr Kuschynski (Liquigas), Laurent Mangel (Ag2r Prévoyance), Maarten Tjallingii (Skil-Shimano) et Evert Verbist (Chocolade Jacques-Topsport Vlaanderen) donnent naissance à l'échappée matinale du 91ème Tour des Flandres. Sous un ciel d'été, les sept attaquants se relaient avec efficacité. Ils accomplissent la première partie de l'épreuve, celle dépourvue de difficulté, avec une douzaine de minutes d'avance sur le peloton, qui retarde le moment d'entrer en action. Profitant du beau temps, le paquet se maintient groupé sous le soleil. Mais il n'est tout de même pas question de laisser l'échappée vaquer à sa guise. L'absence de coureurs représentant les plus grandes formations engagées laisse augurer d'un regroupement général, bien que celui-ci ne se produira que dans la dernière heure de course. L'entrée dans le secteur des monts entraîne un changement de stratégie en tête de peloton. Les grosses formations commencent à montrer le maillot. Et ce sont les ennemis jurés de Quick Step-Innergetic et de Predictor-Lotto qui donnent la mesure à 50 kilomètres de l'arrivée, bientôt imités par une équipe CSC déterminée à peser sur le final. Stuart O'Grady (Team CSC) parvient à concevoir un groupe composé de Daniele Bennati (Lampre-Fondital), Michael Boogerd (Rabobank), Leif Hoste (Predictor-Lotto) et Gert Steegmans (Quick Step-Innergetic), mais une réaction du champion du monde Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic) dans le dos de ce groupe poursuivant permet un regroupement dans le Valkenberg, à 40 kilomètres du but. Encore imposant, le peloton demeure précédé par les sept éclaireurs matinaux. Plus pour longtemps car Fabian Cancellara (Team CSC) repasse à l'attaque, cette fois flanqué du seul Gert Steegmans. Le duo opère la jonction avec l'échappée aux 35 kilomètres. Malheureusement pour le dernier vainqueur de Paris-Roubaix, Fabian Cancellara est tout seul à rouler au sein de ce groupe de neuf unités. Toujours devant après 200 bornes d'échappée, Boucher, Franzoi, Garcia-Acosta, Kuschynski, Mangel, Tjallingii et Verbist ne sont plus d'aucun soutien à Fabian Cancellara, esseulé dans son combat. Et c'est très logiquement que le peloton se recompose, une fois de plus, au bas du Mur de Grammont, à 17 kilomètres du but. Un paquet massif se présente alors au pied du mythe pavé. La foule a pris d'assaut l'avant-dernier mont pavé du Tour des Flandres, appelé à jouer les juges de paix dans une édition jusqu'ici inhabituelle. Pour la première fois, Tom Boonen (Quick Step-Innergetic) sort de l'ombre. Resté discret tout au long de la journée, le champion belge aborde les premières rampes du Mur en tête, le peloton effilé dans sa roue. Mais Boonen trouve un adversaire de taille dans les courbes pavées du célèbre mont, qui propulse Alessandro Ballan (Lampre-Fondital) en tête de course. En costaud, l'Italien réalise une nette différence en direction de la chapelle trônant au sommet du Mur de Grammont, devant laquelle il passe avec une avance de 10 secondes sur un peloton enfin morcelé. Seul le Belge Leif Hoste a pu lui aussi se dégager de la meute pour se lancer à la poursuite de Ballan. L'Italien a l'intelligence d'attendre le Belge, déjà 2ème du Tour des Flandres en 2004 et 2006. Ensemble, les deux élus du Grammont contiennent un peloton désormais réduit et désorganisé. Ils augmentent leur avantage dans le Bosberg, dernière difficulté de la journée, pour se présenter dans les rues de Meerbeke avec une avance de 20 secondes sur leurs poursuivants. Bien que confronté à un coureur intrinsèquement plus rapide que lui au sprint, Leif Hoste s'accroche à son rêve de remporter un jour le Tour des Flandres. Il lance le sprint avec rage mais Alessandro Ballan maîtrise son sujet et vient le déborder dans les 25 derniers mètres pour s'adjuger le 91ème Tour des Flandres. Leif Hoste doit à nouveau se contenter de la 2ème marche d'un podium complété par Luca Paolini (Liquigas). Alessandro Ballan, ce jeune Italien qui commence à collectionner les places d'honneur sur les classiques flandriennes et qui vient juste de gagner les 3 jours de La Panne, concrétise donc à Meerbeke son rêve qu'il dédie à son père disparu prématurément...

Classement général final :
1. Alessandro Ballan (ITA, Lampre-Fondital) les 259 km en 6h10'15" (41,9 km/h)
2. Leif Hoste (BEL, Predictor-Lotto) m.t.
3. Luca Paolini (ITA, Liquigas) à 5 sec.
4. Karsten Kroon (PBS, Team CSC) m.t.
5. Vladimir Gusev (RUS, Discovery Channel) m.t.
6. Tomas Vaitkus (LIT, Discovery Channel) à 13 sec.
7. Nick Nuyens (BEL, Cofidis) m.t.
8. Dmitriy Muravyev (KAZ, Astana) m.t.
9. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) m.t.
10. Stuart O'Grady (AUS, Team CSC) à 35 sec.


Photo de Alessandro Ballan (ITA, Lampre-Fondital) devant Leif Hoste (BEL, Predictor-Lotto)

# Posté le lundi 16 avril 2007 05:39

Milan-San Remo

Milan-San Remo
Le centenaire pour Freire

Parce qu'elle est la première des classiques de printemps, parce qu'elle est la plus longue de la saison avec un tracé avoisinant les 300 kilomètres, parce qu'elle est aujourd'hui centenaire et donc dotée d'une riche histoire, proche de la mythologie, Milan-San Remo retient aujourd'hui toutes les attentions. La classicissima célèbre sa 98ème édition, et personne n'a souhaité manquer ce rendez-vous historique. Encore une fois, un flot de favoris déferle sur Milan. Mais contrairement aux années précédentes, nombre d'entre eux suscitent des interrogations. Leur préparation a été perturbée. Basso, Di Luca, Hushovd, Klöden et Vinokourov sont restés à la maison, Bettini est tombé trois fois la semaine dernière, Boonen se remet de maux de dos, Petacchi cherche à aiguiser sa pointe de vitesse, Zabel a soigné une grippe... Et ceux qui ont su préserver leur santé et préparer correctement leur affaire vont être victimes d'incidents de course... Autant dire que la liste des favoris prête cette année à débat dans Milan-San Remo. Et les amateurs de symboles présagent déjà d'une course plus captivante, plus ouverte, plus incertaine, en guise de centième anniversaire de la Primavera. Malheureusement, la course du centenaire ne marquera pas l'histoire du cyclisme. Le temps est mitigé ce matin, et des gouttes de pluie sont à redouter au cours de cette longue journée de 294 kilomètres. Sur des portions de route tantôt sèches, tantôt humides, la liste des favoris va encore pâtir de nombreuses chutes. Davide Rebellin (Gerolsteiner) est notamment victime de l'une d'entre elles, contraint de renoncer à toute ambition dans l'épreuve. Il y a de la nervosité au sein du large peloton. La course démarre sur des bases très élevées. 46 kilomètres sont parcourus au cours de la première heure, autant dans la deuxième heure. A ce rythme, il faudra attendre le 86ème kilomètre pour voir une échappée se constituer. L'échappée dite matinale est composée de six hommes : le Biélorusse Andrei Kunitski (Acqua & Sapone-Caffe Mokambo), le Néerlandais Koen De Kort (Astana), l'Italien Emanuele Sella (Panaria-Navigare), l'Italien Roberto Traficante (Team LPR), le Russe Pavel Brutt (Tinkoff Credit System) et l'Espagnol Aïtor Hernandez (Euskaltel-Euskadi). La vitesse élevée n'empêche pas les hommes de tête de creuser l'écart, et c'est avec quelques huit minutes d'avance qu'ils franchissent un Passo del Turchino enneigé. C'est le tournant topographique de Milan-San Remo. A mi-course, les coureurs quittent en effet les terres lombardes pour épouser les rives de la Méditerranée bordées de capi jusqu'à San Remo. L'échappée matinale tient la route mais perd des unités dans chacune des difficultés. Traficante est abandonné dans l'ascension du Turchino au 170ème kilomètre. Puis vient le tour de De Kort dans le Capo Mele avant que Sella ne soit radié du groupe de tête dans le Capo Berta. A 40 kilomètres de l'arrivée, il ne demeure donc plus en tête que Pavel Brutt, Aïtor Hernandez et Andrei Kunitski. Mais le peloton se rapproche des échappés matinaux dans les difficultés qui jalonnent la côte ligurienne et rejoint finalement tout le monde au pied de la Cipressa, à 25 kilomètres de l'arrivée. Le moment est venu pour les favoris de découvrir leur jeu. Et dans les lacets de la Cipressa, c'est Thomas Voeckler (Bouygues Telecom) qui passe furtivement à l'offensive. L'Alsacien déclenche les hostilités mais ce sont Franco Pellizotti (Liquigas), Andrea Moletta (Gerolsteiner) et Yaroslav Popovych (Discovery Channel) qui s'échappent pour basculer en tête dans la descente du capo. Malheureusement, même devant, les échappés ne sont pas à l'abri de la chute. Andrea Moletta rate un virage et termine sa course contre un parapet, ajoutant son nom à une longue liste de coureurs accidentés. Ses deux compères, Franco Pellizotti et Yaroslav Popovych, prolongent l'effort jusque dans le Poggio. La course du centenaire manque tristement d'action. Dans l'ascension du Poggio, les puncheurs vont néanmoins lâcher les freins pour enflammer le final. A 7 kilomètres du but, Riccardo Ricco (Saunier Duval-Prodir) est l'auteur d'un démarrage dévastateur dont lui seul a le secret. Comme annoncé, le jeune italien refait le coup de Tirreno ! Et si Efimkin, Gilbert, Kessler, Mazzanti, Serrano et Vila parviennent eux aussi à s'extraire du peloton dans les sinuosités du mythe méditerranéen, seul Philippe Gilbert (Française des Jeux) résiste courageusement aux accélérations assassines de Riccardo Ricco. Ainsi, les deux jeunes attaquants réalisent le rêve de milliers de fidèles en franchissant en tête le sommet du légendaire Poggio avec 10 secondes d'avance sur le peloton. Il reste alors 6 kilomètres à parcourir avant de débouler sur la Via Roma, porte d'entrée dans la légende de la Primavera. Gilbert et Ricco ont bien conscience des enjeux et collaborent sans sourciller, mais la poursuite est engagée dans leur dos. Et c'est le champion du monde Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic) en personne qui abat à lui tout seul un travail phénoménal en faveur d'un regroupement pour Tom Boonen. Dans les artères de San Remo, le peloton fond très vite sur Gilbert et Ricco, qui doivent déposer les armes avant la flamme rouge. Le Team Milram surgit soudain. Trois coureurs sont chargés de lancer Alessandro Petacchi. Mais quand vient le tour du sprinter ligurien, les jambes ne répondent plus. Petacchi fait un blocage et c'est à Oscar Freire (Rabobank) que profite l'excellent travail accompli par les Milram sur la Via Roma. L'Espagnol, déjà sacré en ces mêmes lieux il y a trois ans, sort du sillage de Petacchi pour rafler l'édition du Centenaire de Milan-San Remo devant l'Australien Allan Davis (Discovery Channel) et le Belge Tom Boonen (Quick Step-Innergetic). A l'issue d'une course trop plate en terme de mouvements, Oscar Freire s'invite une fois de plus à la table des conquérants de la classicissima.

Classement général final :
1. Oscar Freire (ESP, Rabobank) les 294 km en 6h43'59" (43,7 km/h)
2. Allan Davis (AUS, Discovery Channel) m.t.
3. Tom Boonen (BEL, Quick Step-Innergetic) m.t.
4. Robbie McEwen (AUS, Predictor-Lotto) m.t.
5. Stuart O'Grady (AUS, Team CSC) m.t.
6. Erik Zabel (ALL, Team Milram) m.t.
7. Gabriele Balducci (ITA, Acqua & Sapone-Caffe Mokambo) m.t.
8. Alessandro Petacchi (ITA, Team Milram) m.t.
9. Vicente Reynes (ESP, Caisse d'Epargne) m.t.
10. Robert Hunter (AFS, Barloworld) m.t.


Photo de Oscar Freire (ESP, Rabobank)

# Posté le mardi 27 mars 2007 05:51

Tirreno-Adriatico

Tirreno-Adriatico
Astana, déjà là !

Trois jours après le départ de Paris-Nice, Tirreno-Adriatico vient chevaucher la course au soleil. Par tradition, les hommes présents sur Tirreno sont des sprinters en quête de gloire sur Milan-San Remo et des coureurs complets venu se préparer pour les Grands Tours. Comme souvent, le plateau est relevé mercredi au départ de Civitavecchia. C'est l'australien Robbie McEwen qui s'impose d'entrée de jeu au sprint dans un final tortueux. La course aux deux mers devient rapidement celle de la polémique. En marge de tous les maux dont souffrent le cyclisme moderne, c'est ici la sécurité précaire qui est décriée par les coureurs. Les chutes se succèdent à une vitesse infernale dans le peloton. Le champion du Monde, Paolo Bettini, n'est pas épargné. José Ivan Gutierrez qui vient de gagner le Tour Méditerranéen non plus. Tout comme Ivan Basso qui doit rapidement abandonner à cause d'une douleur au poignet. L'italien est de retour à la compétition dans son pays sous les couleurs de la Discovery Channel. L'équipe américaine est toujours dirigée par le peu scrupuleux Johan Bruyneel. N'ayant pas supporté l'échec de ses boys sur le dernier Tour de France, le premier de l'après-Armstrong, le belge a décidé de tout mettre en oeuvre à l'intersaison pour regagner le Tour de France dès 2007. Basso, longtemps décrit comme le successeur de sa majesté Lance, était la priorité numéro 1 de Bruyneel... bien qu'il soit impliqué dans l'opération Puerto ! Au même titre qu'Alberto Contador d'ailleurs qui vient de remporter Paris-Nice. Le cyclisme s'évertue toujours à recycler ses meilleurs tricheurs, on commence à connaître la chanson... Par conséquent, le retrait d'Ivan Basso de la course aux deux mers n'est pas une mauvaise nouvelle en soi pour le vélo, lui qui vise en toute impunité le doublé Giro-Tour. Jeudi, à Marsciano, une échappée va au bout. Elle est remportée par le jeune russe Alexandr Arekeev qui s'empare du maillot jaune et rouge de leader par la même occasion. Vendredi, la première arrivée en côte à Macerata sourrit à un jeune italien de 23 ans qui se révèle au plus haut niveau, Ricardo Ricco de la Saunier Duval. Il récidive le lendemain à Offagna et s'empare de la tête du classement général. Mais dimanche, il coince dans le contre-la-montre de San Giacomo où les gros rouleurs s'en donnent à coeur joie. Stefan Schumacher est le plus rapide. Il fait lui aussi coup double. Mais cède le lendemain dans l'étape reine de ce 42ème Tirreno-Adriatico. C'est l'italien Matteo Bono qui l'emporte échappé. Mais c'est derrière que le classement général se joue. Sur les pentes les plus raides de l'ascension vers San Giacomo, Alexandre Vinokourov passe à l'offensive. Il déstabilise Schumacher mais coince à un kilomètre du sommet. Son coéquipier Andreas Klöden, fraîchement arrivé chez Astana cet hiver, prend alors le relais et finit le travail. Seul Kim Kirchen parvient à limiter la casse pour grimper à la deuxième place du général, entre Klöden et Vinokourov. Les deux leaders de l'équipe kazakhe apparaissent donc dans une forme précoce, à plus de trois mois de leur grand objectif de l'année, le Tour de France. Dans la dernière étape anecdotique pour le classement général final, c'est Koldo Fernandez qui règle à la surprise générale le peloton à San Benedetto del Tronto. Hormis Robbie McEwen lors de la première étape, tous les sprinters de renom seront passés au travers cette semaine. Inquiétant pour eux à quelques jours de Milan-San Remo...

Classement général final :
1. Andreas Klöden (ALL, Astana) en 23h52'44"
2. Kim Kirchen (LUX, T-Mobile) à 4 sec.
3. Alexandre Vinokourov (KAZ, Astana) à 13 sec.
4. Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner) à 23 sec.
5. Janez Brajkovic (SLO, Discovery Channel) à 31 sec.
6. Jens Voigt (ALL, Team CSC) à 34 sec.
7. Vasil Kiryienka (BLR, Tinkoff Credit System) à 55 sec.
8. Evgeni Petrov (RUS, Tinkoff Credit System) à 59 sec.
9. Michele Scarponi (ITA, Acqua & Sapone-Caffe Mokambo) à 1'00"
10. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) à 1'12"


Photo de Andreas Klöden (ALL, Astana) entre Kim Kirchen (LUX, T-Mobile) et Alexandre Vinokourov (KAZ, Astana)

# Posté le mardi 20 mars 2007 10:47

Modifié le vendredi 23 mars 2007 12:20