Contador, la loi du plus fort
La saison commence réellement chaque année au mois de mars à l'occasion de Paris-Nice. 2007 ne déroge pas à la règle. Contrairement aux années précédentes, c'est avec un temps printanier que va se dérouler la course. Le froid glacial sévit lui en coulisses. Plus que jamais. Entre la pathétique affaire Landis proche du vice de procédure, l'enterrement scandaleux de l'opération Puerto et la guerre d'intérêts que se livre l'UCI et les Grands Tours, le cyclisme ne sait plus sur quel pied danser... pour ne pas s'enliser complètement dans le ridicule ! Une amie m'a convaincu de venir à Issy-les-Moulineaux voir les stars du peloton international s'élancer depuis la capitale. L'ambiance est pesante et les favoris à la victoire finale nombreux. Levi Leipheimer qui vient de remporter le Tour de Californie sort un temps soit peu du lot. Le prologue court et technique de Paris-Nice ne donne jamais lieu à de gros écarts. C'est David Millar qui marque d'entrée son territoire. Il roule à plus de 46 km/h de moyenne dans les rues d'Issy pour s'octroyer une victoire de prestige. Millar, c'est ce dandy écossais tombé dans les méandres du dopage il y a trois ans. Balancé dans le cadre de l'affaire Cofidis par son coéquipier peu recommandable Philippe Gaumont, il avait rapidement reconnu ses erreurs. C'était notamment avec des ampoules d'EPO qu'il était devenu champion du Monde du contre-la-montre en 2003. Ce qui lui avait valu de perdre son titre au profit de Michael Rogers. Millar avait cependant été digne dans cette affaire. Contrairement à de bien plus gros tricheurs que lui, il n'avait pas avancé le moindre mensonge bancal face aux faits accomplis. L'écossais avait été suspendu deux ans suite à ses révélations de dopage. Il avait manqué intégralement la saison 2005 avant de revenir juste pour le départ du Tour de France 2006... et de remporter deux mois plus tard un chrono de classe sur la Vuelta ! A cette occasion, il avait clamé haut et fort qu'il marchait maintenant exclusivement à l'eau claire. Cette intersaison, il a multiplié les conférences de presse pour s'affirmer comme un porte-parole du cyclisme propre. Avec sa gueule d'ange et sa classe intrinsèque, il a facilement convaincu son auditoire. Mais comment croire véritablement en Millar le repenti dans un sport où la culture de la seringue sévit dès le plus jeune âge ? En tout cas, Millar se positionne d'entrée comme un favori de Paris-Nice. Le lendemain, c'est Jean-Patrick Nazon, un coureur en manque de repères, qui s'impose au sprint à Buzançais. Le plateau des sprinters n'est pas très relevé sur cette course, la majorité de ces derniers ayant préféré se préparer sur Tirreno-Adriatico dans l'optique de Milan-San Remo. Mais quand même. UNe victoire française sur le circuit du Pro Tour n'est pas habituelle. Alors on s'en réjouit doublement. La dernière sur Paris-Nice remontait d'ailleurs à 2002 avec Laurent Jalabert, une éternité ! Mardi, Franco Pellizotti fait coup double à Limoges. Dans un final décousu, il surprend tous les sprinters. Le lendemain, Alexandr Kolobnev est le dernier rescapé d'une échappée au long cours à travers le Cantal. Sur la ligne d'arrivée à Maurs, il garde 12 secondes d'avance sur l'avant-garde du peloton réglée par Tom Boonen qui se croit momentanément vainqueur. Kolobnev est un russe anonyme passé cet hiver à la CSC. Sous les ordres de Bjarne Riis, il s'est rapidement bonifié. Comme beaucoup d'autres avant lui... Boonen lui ne se bonifie pas dans cette course au soleil qui porte pour une fois bien son nom. Le champion belge est malade depuis le départ mais refuse d'abandonner dans l'optique de Milan-San Remo. Car Tommy affirme être capable cette année de réaliser le triplé irrationnel Primavera-Ronde-Enfer du Nord. Aussi, quand on lui dit qu'il ne gagne pas assez en ce début de saison comparé aux années précédentes, Boonen répond de façon véhémente que l'année dernière, en forme trop tôt, il avait fini par coincer dans le décisif carrefour de l'Arbre, laissant filer seul Fabian Cancellara vers le vélodrome de Roubaix ! Quelque chose qu'il a encore du mal à accepter aujourd'hui... Jeudi, la première et seule arrivée en altitude sur l'aéroport de Mende doit décider en grande partie du classement général. 12 ans après son exploit fracassant sur les routes du Tour de France qui avait manqué de faire plier le roi Miguel Indurain, l'ascension a été rebaptisé montée Laurent Jalabert. Elle donne lieu à une belle explication entre les favoris à la victoire finale. Levi Leipheimer n'est pas dans un grand jour mais Alberto Contador le supplée formidablement dans cette montée sèche en lâchant tout le monde excepté Davide Rebellin qui se pare du maillot jaune. Johan Bruyneel, son directeur sportif, a eu le nez fin pour le recruter à l'intersaison. Ou plutôt les oreilles sourdes quand on sait que ce jeune espagnol était un client du sulfureux docteur Fuentes. Comme Ivan Basso... que Bruyneel n'a également pas hésité à engager ! Le cyclisme moderne garde donc sa tradition de recycler ses meilleurs tricheurs. Contador en est d'ailleurs parfaitement conscient à l'arrivée puisqu'il n'hésite pas à rendre hommage aux gens qui lui ont fait confiance. Eufemanio Fuentes en fait-il partie ? Le lendemain, l'étape de Manosque sourit également à un boy de la Discovery. C'est Yaroslav Popovych, l'homme qui ne confirme toujours pas depuis son passage chez les américains, qui l'emporte seul après une longue échappée. Avec six secondes d'écart entre Rebellin et Contador, le week-end dans l'arrière-pays niçois s'annonce donc décisif. Entre Brignoles et Cannes, Contador tente le tout pour le tout dans le col du Tanneron. Seul David Lopez parvient à l'accompagner. Les deux hommes rejoignent proches du sommet Sylvain Chavanel et Luis Leon Sanchez, derniers rescapés de l'échappée matinale, et disposent seulement d'une trentaine d'avance sur le groupe maillot jaune au moment de basculer. Sur les bords de mer, tous les fuyars sont repris à l'exception de Luis Leon Sanchez qui conclut en finisseur une échappée de 180 kilomètres. Surréaliste. Sanchez, un jeune espagnol lui aussi, appartenait comme Contador l'année dernière à l'armada Liberty Seguros de Manolo Sainz, et même s'il n'a pas été mentionné dans le cadre de l'opération Puerto, on devine facilement qu'il ne marchait pas... et ne marche toujours pas à l'eau claire ! Avec son exploit, il se replace troisième au général, juste derrière son compatriote Contador qui n'est donc pas parvenu à faire vaciller Rebellin. Il reste le dernier jour de course pour cela. Pendant que Thomas Voeckler s'adjuge définitivement le maillot de meilleur grimpeur, les Discovery Channel placent sur orbite Alberto Contador. Le coureur ibérique démarre dans la dernière difficulté de la journée, le col d'Eze, avec une facilité déconcertante. Paris-Nice bascule à cet instant-là. Avec 45 secondes d'avance au sommet, Contador ne sera pas revu jusqu'à Nice. Il s'impose donc sur la promenade des anglais avec 26 secondes d'avance sur Davide Rebellin, encore second, et 42 sur Luis Leon Sanchez troisième. Les espagnols sont d'ailleurs cinq dans les dix premiers du classement général final, malgré l'opération Puerto censé avoir ralenti le dopage de pointe de l'autre côté des Pyrénées ! Le premier français a pour nom Sébastien Joly, il finit brillamment douzième...
Classement général final :
1. Alberto Contador (ESP, Discovery Channel) en 29h55'22"
2. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) à 26 sec.
3. Luis-Leon Sanchez (ESP, Caisse d'Epargne) à 42 sec.
4. Tadej Valjavec (SLO, Lampre-Fondital) à 49 sec.
5. Franco Pellizotti (ITA, Liquigas) à 57 sec.
6. David Lopez (ESP, Caisse d'Epargne) à 1'00"
7. Cadel Evans (AUS, Predictor-Lotto) à 1'01"
8. Frank Schleck (LUX, Team CSC) à 1'08"
9. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 1'12"
10. Joaquin Rodriguez (ESP, Caisse d'Epargne) à 1'22"
Photo de Alberto Contador (ESP, Discovery Channel) devant Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner)
La saison commence réellement chaque année au mois de mars à l'occasion de Paris-Nice. 2007 ne déroge pas à la règle. Contrairement aux années précédentes, c'est avec un temps printanier que va se dérouler la course. Le froid glacial sévit lui en coulisses. Plus que jamais. Entre la pathétique affaire Landis proche du vice de procédure, l'enterrement scandaleux de l'opération Puerto et la guerre d'intérêts que se livre l'UCI et les Grands Tours, le cyclisme ne sait plus sur quel pied danser... pour ne pas s'enliser complètement dans le ridicule ! Une amie m'a convaincu de venir à Issy-les-Moulineaux voir les stars du peloton international s'élancer depuis la capitale. L'ambiance est pesante et les favoris à la victoire finale nombreux. Levi Leipheimer qui vient de remporter le Tour de Californie sort un temps soit peu du lot. Le prologue court et technique de Paris-Nice ne donne jamais lieu à de gros écarts. C'est David Millar qui marque d'entrée son territoire. Il roule à plus de 46 km/h de moyenne dans les rues d'Issy pour s'octroyer une victoire de prestige. Millar, c'est ce dandy écossais tombé dans les méandres du dopage il y a trois ans. Balancé dans le cadre de l'affaire Cofidis par son coéquipier peu recommandable Philippe Gaumont, il avait rapidement reconnu ses erreurs. C'était notamment avec des ampoules d'EPO qu'il était devenu champion du Monde du contre-la-montre en 2003. Ce qui lui avait valu de perdre son titre au profit de Michael Rogers. Millar avait cependant été digne dans cette affaire. Contrairement à de bien plus gros tricheurs que lui, il n'avait pas avancé le moindre mensonge bancal face aux faits accomplis. L'écossais avait été suspendu deux ans suite à ses révélations de dopage. Il avait manqué intégralement la saison 2005 avant de revenir juste pour le départ du Tour de France 2006... et de remporter deux mois plus tard un chrono de classe sur la Vuelta ! A cette occasion, il avait clamé haut et fort qu'il marchait maintenant exclusivement à l'eau claire. Cette intersaison, il a multiplié les conférences de presse pour s'affirmer comme un porte-parole du cyclisme propre. Avec sa gueule d'ange et sa classe intrinsèque, il a facilement convaincu son auditoire. Mais comment croire véritablement en Millar le repenti dans un sport où la culture de la seringue sévit dès le plus jeune âge ? En tout cas, Millar se positionne d'entrée comme un favori de Paris-Nice. Le lendemain, c'est Jean-Patrick Nazon, un coureur en manque de repères, qui s'impose au sprint à Buzançais. Le plateau des sprinters n'est pas très relevé sur cette course, la majorité de ces derniers ayant préféré se préparer sur Tirreno-Adriatico dans l'optique de Milan-San Remo. Mais quand même. UNe victoire française sur le circuit du Pro Tour n'est pas habituelle. Alors on s'en réjouit doublement. La dernière sur Paris-Nice remontait d'ailleurs à 2002 avec Laurent Jalabert, une éternité ! Mardi, Franco Pellizotti fait coup double à Limoges. Dans un final décousu, il surprend tous les sprinters. Le lendemain, Alexandr Kolobnev est le dernier rescapé d'une échappée au long cours à travers le Cantal. Sur la ligne d'arrivée à Maurs, il garde 12 secondes d'avance sur l'avant-garde du peloton réglée par Tom Boonen qui se croit momentanément vainqueur. Kolobnev est un russe anonyme passé cet hiver à la CSC. Sous les ordres de Bjarne Riis, il s'est rapidement bonifié. Comme beaucoup d'autres avant lui... Boonen lui ne se bonifie pas dans cette course au soleil qui porte pour une fois bien son nom. Le champion belge est malade depuis le départ mais refuse d'abandonner dans l'optique de Milan-San Remo. Car Tommy affirme être capable cette année de réaliser le triplé irrationnel Primavera-Ronde-Enfer du Nord. Aussi, quand on lui dit qu'il ne gagne pas assez en ce début de saison comparé aux années précédentes, Boonen répond de façon véhémente que l'année dernière, en forme trop tôt, il avait fini par coincer dans le décisif carrefour de l'Arbre, laissant filer seul Fabian Cancellara vers le vélodrome de Roubaix ! Quelque chose qu'il a encore du mal à accepter aujourd'hui... Jeudi, la première et seule arrivée en altitude sur l'aéroport de Mende doit décider en grande partie du classement général. 12 ans après son exploit fracassant sur les routes du Tour de France qui avait manqué de faire plier le roi Miguel Indurain, l'ascension a été rebaptisé montée Laurent Jalabert. Elle donne lieu à une belle explication entre les favoris à la victoire finale. Levi Leipheimer n'est pas dans un grand jour mais Alberto Contador le supplée formidablement dans cette montée sèche en lâchant tout le monde excepté Davide Rebellin qui se pare du maillot jaune. Johan Bruyneel, son directeur sportif, a eu le nez fin pour le recruter à l'intersaison. Ou plutôt les oreilles sourdes quand on sait que ce jeune espagnol était un client du sulfureux docteur Fuentes. Comme Ivan Basso... que Bruyneel n'a également pas hésité à engager ! Le cyclisme moderne garde donc sa tradition de recycler ses meilleurs tricheurs. Contador en est d'ailleurs parfaitement conscient à l'arrivée puisqu'il n'hésite pas à rendre hommage aux gens qui lui ont fait confiance. Eufemanio Fuentes en fait-il partie ? Le lendemain, l'étape de Manosque sourit également à un boy de la Discovery. C'est Yaroslav Popovych, l'homme qui ne confirme toujours pas depuis son passage chez les américains, qui l'emporte seul après une longue échappée. Avec six secondes d'écart entre Rebellin et Contador, le week-end dans l'arrière-pays niçois s'annonce donc décisif. Entre Brignoles et Cannes, Contador tente le tout pour le tout dans le col du Tanneron. Seul David Lopez parvient à l'accompagner. Les deux hommes rejoignent proches du sommet Sylvain Chavanel et Luis Leon Sanchez, derniers rescapés de l'échappée matinale, et disposent seulement d'une trentaine d'avance sur le groupe maillot jaune au moment de basculer. Sur les bords de mer, tous les fuyars sont repris à l'exception de Luis Leon Sanchez qui conclut en finisseur une échappée de 180 kilomètres. Surréaliste. Sanchez, un jeune espagnol lui aussi, appartenait comme Contador l'année dernière à l'armada Liberty Seguros de Manolo Sainz, et même s'il n'a pas été mentionné dans le cadre de l'opération Puerto, on devine facilement qu'il ne marchait pas... et ne marche toujours pas à l'eau claire ! Avec son exploit, il se replace troisième au général, juste derrière son compatriote Contador qui n'est donc pas parvenu à faire vaciller Rebellin. Il reste le dernier jour de course pour cela. Pendant que Thomas Voeckler s'adjuge définitivement le maillot de meilleur grimpeur, les Discovery Channel placent sur orbite Alberto Contador. Le coureur ibérique démarre dans la dernière difficulté de la journée, le col d'Eze, avec une facilité déconcertante. Paris-Nice bascule à cet instant-là. Avec 45 secondes d'avance au sommet, Contador ne sera pas revu jusqu'à Nice. Il s'impose donc sur la promenade des anglais avec 26 secondes d'avance sur Davide Rebellin, encore second, et 42 sur Luis Leon Sanchez troisième. Les espagnols sont d'ailleurs cinq dans les dix premiers du classement général final, malgré l'opération Puerto censé avoir ralenti le dopage de pointe de l'autre côté des Pyrénées ! Le premier français a pour nom Sébastien Joly, il finit brillamment douzième...
Classement général final :
1. Alberto Contador (ESP, Discovery Channel) en 29h55'22"
2. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) à 26 sec.
3. Luis-Leon Sanchez (ESP, Caisse d'Epargne) à 42 sec.
4. Tadej Valjavec (SLO, Lampre-Fondital) à 49 sec.
5. Franco Pellizotti (ITA, Liquigas) à 57 sec.
6. David Lopez (ESP, Caisse d'Epargne) à 1'00"
7. Cadel Evans (AUS, Predictor-Lotto) à 1'01"
8. Frank Schleck (LUX, Team CSC) à 1'08"
9. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 1'12"
10. Joaquin Rodriguez (ESP, Caisse d'Epargne) à 1'22"
Photo de Alberto Contador (ESP, Discovery Channel) devant Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner)


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