Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [5/6]

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [5/6]
Santiago Botero et José Enrique Gutierrez, anciens de la Kelme, et ainsi de la filière Fuentes, sont confondus lors de l'opération Puerto. Ils sont écartés en interne avant le Tour de France 2006, ce qui permet à Floyd Landis de partir avec tous ses coéquipiers de Strasbourg...

# Posté le jeudi 11 janvier 2007 09:33

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [4/6]

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [4/6]
Lors de cette même Vuelta 2004, Santi Perez réapparaît après deux années blanches. Officiellement, il souffrait psychologiquement depuis la disparition de sa dulcinée en 2002. Officieusement, il marche lors de ce Tour d'Espagne comme son leader Tyler Hamilton, à coups de pratiques de transfusion sanguine...

# Posté le jeudi 11 janvier 2007 09:29

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [3/6]

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [3/6]
La médecine scientifique permet à Tyler Hamilton tous les exploits. De terminer deuzième du Giro 2002 avec une épaule meurtrie comme quatrième du Tour de France 2003 avec une clavicule cassée. En 2004, l'Américain remporte même le titre de champion olympique du contre-la-montre à Athènes... avant de devenir à la Vuelta le premier coureur cycliste convaincu de dopage par transfusion sanguine !

# Posté le jeudi 11 janvier 2007 09:18

Modifié le jeudi 11 janvier 2007 09:49

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [2/6]

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [2/6]
Oscar Camenzind, ancien champion du Monde, est la première star de l'équipe Phonak convaincue de dopage ! Beaucoup d'autres suivront...

# Posté le jeudi 11 janvier 2007 09:09

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [1/6]

Au royaume des malentendants... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [1/6]
Le monde du cyclisme croyait avoir tout entendu en matière de dopage, et pourtant, il manquait un épisode à son histoire tourmentée : le contrôle positif du vainqueur du Tour de France. Il y avait bien eu le déclassement d'un lauréat dès la deuxième édition, en 1904, mais pour d'autres formes de tricheries, ce qui rappelle toutefois à quel point cette épreuve, crée pour vendre des journaux et régler des comptes politiques, était partie sur de mauvaises bases. Dans le cadre strict du dopage, l'exclusion sur le champ du maillot jaune pris en flagrant délit (Michel Pollentier en 1978) a précédé le rattrapage d'un faux positif, coupable d'avoir absorbé un produit interdit par le CIO mais pas encore par l'UCI (Pedro Delgado en 1988).

Là, trois jours après le triomphe de Floyd Landis sur les Champs-Elysées, l'UCI s'empresse de faire état, via un communiqué, d'un contrôle antidopage "anormal". Très vite, les initiés comprennent qu'il s'agit de Landis. L'Américain file d'ailleurs à l'anglaise alors qu'il doit disputer un critérium au Pays-Bas contre une rémunération de 60 000 euros. Le lendemain, l'équipe Phonak coupe court aux rumeurs, annonçant avoir "été informé par l'UCI d'un taux inhabituel du rapport testostérone/épitestostérone lors d'un contrôle sur Floyd Landis après la 17ème étape". L'analyse de l'échantillon B le confirme : c'est bien au terme de sa chevauchée fantastique vers Morzine, et au lendemain de sa défaillance de La Toussouire, que le Californien a livré une urine différente des autres jours.

La procédure de déclassement d'un cycliste convaincu de dopage, comme Roberto Heras à la Vuelta 2005, est longue et tortueuse. Mais la sanction de l'organisateur du Tour de France tombe net : "Moralement, Floyd Landis est déchu de son titre puisqu'il a triché", décrète illico presto la direction de l'épreuve qui n'a pas les mains libres en matière d'homologation des classements, ce qui demeure du ressort des arbitres de la compétition, en l'occurence de l'UCI.

Une autre conséquence intervient au bout de trois semaines : l'équipe Phonak met la clé sous la porte. "Pour la première fois de ma carrière de businessman, j'abandonne", lâche, la mort dans l'âme, l'entrepreneur suisse Andy Rihs, qui détenait pourtant la signature d'un repreneur iShares, une société américaine de fonds indiciels. Cette filiale de la banque Barclays, jusque-là co-cponsor de la Phonak, rejoint ainsi Liberty Seguros, Würth et Communauté de Valence, trois parraineurs d'équipes impliqués dans le cyclisme à hauteur de plusieurs millions d'euros, qui choisissent de quitter le navire en pleine tourmente du dopage.

Andy Rihs n'est pas un sponsor comme un autre. A 64 ans, il se passionne pour la rédaction d'un livre qu'il consacre à Ferdi Kübler, le vainqueur du Tour de France 1950. Il aime profondément le cyclisme, même s'il a rejoint le peloton pour des raisons commerciales. En 1994, il était un invité parmi d'autres sur l'étape du Mont Ventoux. C'est là qu'il a commencé à cogiter sur la promotion des marques via le sport cycliste. Il a suivi l'évolution fulgurante de la société Mapei, qui a du reste, elle aussi, fini par cesser d'entretenir son équipe à cause des méandres du dopage. Prêt à faire le grand saut, Rihs a hésité à devenir sponsor à l'éclatement de l'affaire Festina en 1998. Et puis l'année suivante, constatant que la popularité de Richard Virenque demeurait intacte malgré l'opprobre, il a compris que le cyclisme était bien le vecteur idéal pour populariser ses appareils auditifs. "En sept ans de sponsoring, le chiffre d'affaires de Phonak a été multiplié par quatre" admet-il. Des rapports financiers datant de 2005 signalent même qu'en dix ans, le volume de la compagnie est passé de 125 à 820 millions de francs suisses annuels !

En sept ans de sponsoring cycliste, Phonak a pourtant crevé tous les tympans en matière de dopage, à l'instar de Festina, d'ailleurs, qui n'a jamais vendu autant de montres qu'à l'été 1998. De quoi laisser perplexes les plus féroces combattants de la lutte antidopage. petite équipe de série B en 2000, Phonak a ouvert son triste palmarès en 2002 avec le contrôle positif de Matthias Buxhofer (norandrostérone). Et Rihs s'est empressé d'engager Alex Zülle, l'un des héros du scandale Festina... L'année suivante, il a dû licencier Reto Bergmann, surpris en possession de produits dopants. "Dans le cyclisme, on m'a beaucoup trahi", reconnaît le capitaine d'industrie. Etait-il naïf en embauchant Urs Freuler,a cien grand manitou des Six-Jours comme manager général, et Alvaro Pino, l'ex-directeur sportif de la Kelme, autrement dit le lien historique de la filière Fuentes ?

Il s'est résolu à licencier tout ce beau monde à la fin de la saison 2004, en même temps que le médecin basque Inaki Arratibel, resté proche d'Oscar Pereiro, lorsque les problèmes de dopage ont pris de telles proportions que l'équipe Phonak, après des débuts timides au Tour de France, est recalée pour des motifs éthiques à la porte du tout nouveau Pro Tour. En trois mois se sont accumulés les contrôles positifs d'Oscar Camenzind, surpis à l'EPO lors d'un test pré-olympique inopiné, ainsi que de Tyler Hamilton et Santiago Perez, convaincu lors du Tour d'Espagne de pratiques de transfusions sanguines.

Plein de bonnes résolutions, Andy Rihs a remplacé Freuler et Pino par John Lelangue et Juan Fernandez. Lelangue. C'était à la fois pour obtenir la caution d'ASO et de l'UCI, la pirouette la plus habile pour la réintégration dans le Pro Tour avec l'instauration d'un suivi médical encore plus strict que celui de l'UCI. Phonak, toutefois, n'a changé que le staff, pas les coureurs. Fatalement, des pratiques de dopage ont perduré. un obscur Slovène, Tomasz Nose, s'est fait remercier au printemps 2005. Fabrizio Guidi a échappé au couperet parce que son contrôle positif à l'EPO n'a pas été confirmé par l'analyse de l'échantillon B. En revanche, pour Santos Gonzalez, Lelangue n'a même pas eu recours aux résultats du contrôle antidopage : des examens internes ont suffi pour l'exclure en pleine Vuelta en dépit de sa huitième place au général. Et la saison 2006 a démarré sur les mêmes chapeaux de roue : par le contrôle positif (à la testostérone, tiens donc...) de Sascha Urweider, licencié sur le champ, évidemment. Restait dans l'équipe Phonak une partie de l'héritage Pino avec Santiago Botero et José Enrique Gutierrez, premiers coureurs cités dans l'opération Puerto. Restaient aussi quelques auxiliaires douteux dans l'entourage de l'unique formation helvétique du circuit. Lelangue n'a pas eu le temps de nettoyer à fond les écuries. Et dire qu'il croyait que son gentil leader lui disait tout...

L'histoire de Floyd Landis tourne au sordide. S'y mêlent les reproches de ses parents, de confession mennonite, très stricts sur le plan religieux. Intervient au cours de l'été, le suicide de son beau-père à San Diego. Perdu, le premier du Tour de France en appelle aux avocats les plus réputés... pour leurs états de service au secours des dopés les plus célèbres ! Il nie s'être chargé, évidemment, car même devant l'évidence, il reste toujours un doute, du moins la possibilité de l'entretenir. Lance Armstrong utilise l'affaire Landis au profit de sa propre histoire. Il suggère la thèse de la conspiration anti-américaine. Les compétences du laboratoire de Châtenay-Malabry sont mises en doute, simultanément, par les deux anciens coéquipiers de l'US Postal, entre déclarations fracassantes et piratages informatiques !

L'oeuvre de la société Phonak n'est peut-être pas terminée dans le cyclisme. Tant que des coureurs et leur entourage resteront sourds aux appels de lutte antidopage, Andy Rihs pourra travailler pour une meilleure audition. C'est son slogan. A bon entendeur...

# Posté le jeudi 11 janvier 2007 09:02

Modifié le jeudi 11 janvier 2007 13:01