La lutte anti-dopage à bon port... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [1/6]

La lutte anti-dopage à bon port... (selon Jeff Q. et Thierry B.) [1/6]
L'histoire du sport cycliste est indissociable de celle du dopage, mais il arrive que la vérité historique ne soit établie qu'à posteriori. Il a fallu, par exemple, l'instauration des contrôles sanguins, des perquisitions policières dans plusieurs pays d'Europe, des enquêtes journalistiques aussi, pour que l'opinion comprenne à quel point le cyclisme du milieu des années 1990 - autrement dit celles où brillaient de mille feux Bjarne Riis et Laurent Jalabert sur des terrains inadaptés à leurs qualités intrinsèques - était dévoyé par la prise d'EPO entre autres. On était à mi-chemin entre l'inscription de cette substance sur la liste des produits dopants interdits (1990) et sa détectabilité partielle lors des contrôles (2001).
Le fameux cliché du "voleur qui court plus vite que le gendarme" n'est pas qu'une conclusion hâtive de journaliste à sensation. Faute de contrôles positifs ou de procédures menées à leur terme, dix ans sont généralement nécessaires pour démasquer les tricheurs du sport. Parfois moins. Dans les remous incessants du Tour de France 1998 - car la scission entre l'avant et l'après 1998 est aussi nette en cyclisme qu'entre l'avant et l'après 1968 dans la société française -, l'édition 2003 de la Grande Boucle avait laissé une bonne image, jusqu'à "rasséréner" (selon ses propres termes) le directeur de l'épreuve Jean-Marie Leblanc. Les festivités du centenaire, joyeuses et naïves, avaient coïncidé avec les rares moments de suspense du septennat sans partage de Lance Armstrong.
Le Tour 2003 n'avait généré qu'un seul cas positif, celui de l'Espagnol Javier Pascual Llorente, modeste 27ème du classement général final, membre de l'équipe Kelme, ce qui n'est pas tout à fait anodin. Pris à l'EPO, il contesta la fiabilité du test, et certains responsables affirmèrent que c'était la preuve de l'efficacité des contrôles. Moins de trois ans plus tard, que sait-on des merveilleux acteurs du Tour 2003 ?
+ Jesus Manzano, qui a failli mourir sur le bord de la route menant à Morzine lors d'une échappée avec Richard Virenque, a révélé avec pertes et fracas les pratiques espagnoles du dopage sanguin, particulièrement au sein de l'équipe Kelme.
+ Philippe Gaumont, échappé en direction de Marseille, a admis publiquement sa situation de multirécidiviste du dopage et expliqué notamment la complicité des médecins dans les tricheries aux corticoïdes.
+ Tyler Hamilton, vainqueur de l'étape de Bayonne, par-delà le col de Bagargui et ses passages à 14% où il avait lâché tout le monde, au terme de 95 kilomètres d'échappée solitaire en dépit de sa clavicule fracturée depuis le premier jour, est devenu le premier cycliste convaincu de transfusion sanguine.
+ David Millar, le dandy écossais gêné aux entournures dans ses duels chronométrés avec Bradley McGee, qu'il savait "clean", a raconté en détail l'administration d'une ampoule magique avant son contre-la-montre victorieux de Nantes remporté à plus de 54 km/h de moyenne.
+ Médéric Clain, le petit français qui s'échappe sur le plat, a confessé avoir acheté des produits dopants (mais sans les consommer) à un trafiquant kazakh.
+ Iban Mayo et Haimar Zubeldia, les Basques bondissants, respectivement vainqueurs à l'Alpe d'Huez et 5ème au général, ont quasiment disparu de l'actualité du Tour de France en juillet 2004, dès l'éviction par la direction d'Euskaltel de leur médecin d'équipe Jesus Losa, dénoncé aux policiers par David Millar comme "son conseiller EPO".
+ Roberto Heras, le meilleur coéquipier de Lance Armstrong en montagne, a fini par tomber, positif à l'EPO, lors de la Vuelta 2005.
+ Joseba Beloki, héros malheureux de l'étape de Gap, a révélé par son passage éclair à La Boulangère qu'il existait bien une médecine à deux vitesses lui permettant d'être allergique (et de se doper en conséquence) d'un côté des Pyrénées et pas de l'autre.
+ Lance Armstrong lui-même a été confondu par la recherche scientifique : il carburait à l'EPO, au moins lors de son premier Tour victorieux, en 1999.
Toutes ces révélations mettaient à mal le mythe d'un Tour de France réussi en 2003, au basculement dans son deuxième siècle d'existence de la plus grande course cycliste du monde. C'était avant le joli mois de mai 2006. Parmi les autres acteurs principaux de l'édition du centenaire figuraient Jan Ullrich, surprenant dauphin d'Armstrong après un an de suspension pour dopage, déjà lié au-delà du raisonnable au "technicien" belge Rudy Pévenage, Jörg Jaksche dans le rôle du dynamiteur de la ONCE, Aitor Gonzalez et Santiago Botero, qui ne marchaient guère cette année-là au sein de l'équipe Kelme où quelque chose ne devait pas tourner rond, Francisco Mancebo (10ème à Paris) et Ivan Basso (7ème), lequel ne comptait déjà plus que deux coéquipiers au bout d'une semaine de course au sein de la Fassa Bartolo, où tout n'était pas clair non plus.

Bref, on en était là de l'analyse historique du Tour de France 2003, quand une bombe posée à Madrid explosa sur les téléscripteurs. 23 mai 2006 : Manolo Saiz, directeur sportif de Liberty Seguros, Eufemanio Fuentes, médecin (gynécologue de formation mais connu dans le cyclisme pour avoir officié dans les équipes ONCE, Amaya et Kelme), José Luis Merino, directeur du laboratoire d'analyses médicales, Ignacio Labarta, directeur sportif adjoint de l'équipe Communauté de Valence, et Alberto Leon, ex-vététiste, étaient arrêtés et placés en garde à vue par la Guarda Civil.
Une petite phrase attribuée à Lance Armstrong dès l'éclatement de l'affaire, en dit long sur ce que savait déjà le microcosme du cyclisme : "Manolo ? Eufemanio ? C'est pire que l'affaire Festina !"
"Venu pour révolutionner le cyclisme, Manolo Saiz est tombé comme les plus vulgaires de ses prédécesseurs : par le dopage" commente rapidement le quotidien espagnol de référence, El Pais, après l'arrestation, en possession de 60 000 euros en liquide dans une glacière contenant des produits dopants, du trublion de Cantabrique. En réalité, la supercherie avait quinze ans d'âge. Au virage des années 1990, Saiz était un jeune directeur sportif atypique, toisé par ses aînés au motif qu'il n'avait pas couru en professionnel et qu'il prétendait apporter des perspectives nouvelles avec son sponsor aux idées bienfaisantes, la ONCE (la loterie des aveugles). Mais déjà, la réalité des coulisses se cachait derrière les discours éclairés : la performance grâce à la médecine.
Au cours d'une causerie ponctuant le Tour d'Espagne 1991 au cours duquel Miguel Indurain n'était pas parvenu à inquiéter le leader surprise, Melchior Mauri, José Miguel Echavarri, manager de l'équipe Banesto (aujourd'hui appelé Caisse d'Epargne), avait eu ce bon mot au sujet de l'étonnante domination de la ONCE : "Cela coule de source ! Et c'est un euphémisme." Source est la traduction, au singulier, de "Fuentes" et le mot euphémisme faisait évidemment référence au prénom "Eufemanio".
C'est bien au début des années 1990 que les médecins de la performance ont transfiguré la nature de la course cycliste. La "renaissance italienne" et le montage en Espagne "d'invincibles armadas" sont moins le fruit du talent des athlètes que de l'intrusion de la science. S'est on demandé pourquoi des équipes d'obédience américaine (US Postal) ou scandinave (CSC), devenues supuissantes dans l'Europe cycliste traditionnelle, ont systématiquement préféré faire appel, depuis lors, à des médecins italiens ou espagnols plutôt que français, anglais ou allemands ?
Pour comprendre les résultats sportifs, l'observateur avisé du cyclisme a fini par suivre les transferts des médecins autant que ceux des coureurs. Débaucher un praticien ibérique à la ONCE était devenu une priorité de recrutement à l'US Postal ! Pas sûr qu'un cycliste ait été plus courtisé qu'un docteur italien après les résultats obtenus par l'équipe Casino, qu'il soignait en 1997-98, mais le docteur Tarsi a fini par être mis à l'index chez Phonak, accusé par les coureurs, Oscar Camenzind en tête, de ne pas les faire avancer suffisamment. C'était ignorer qu'un toubib pouvait disposer, à la différence de l'ancien champion du monde suisse, de l'intelligence nécessaire pour comprendre qu'il s'était passé quelque chose de sérieux pendant le Tour de France 1998...
Tous les médecins n'ont pas fait cette révolution, en dépit du serment qui devrait les guider à utiliser leur science uniquement pour guérir les hommes. Le parcours du docteur Fuentes est à ce titre édifiant. Après avoir présidé aux premiers miracles de la ONCE, il a pris des assurances chez Amaya avant de trouver chaussure à son pied chez Kelme, la plus vieille équipe du cyclisme espagnol. Il s'est multiplié en conférences, au cours desquelles il fit intervenir des coureurs comme Oscar Sevilla et Roberto Heras ; il a aussi oeuvré dans le football mais c'est bien dans le cyclisme qu'il s'est brûlé les doigts. En 2001, il a été confondu par des écoutes téléphoniques : vers la fin de la Vuelta, il donnait des conseils de dopage à Angel Casero (Festina) pour battre Oscar Sevilla, qu'il soignait également en tant que médecin officiel de l'équipe Kelme. En 2004, les révélations de Jesus Manzano sur les transfusions sanguines et autres formes de dopage l'ont clairement mis en cause.

Mais il a fallu un changement politique en Espagne et l'élection du Premier ministre José Luis Zapatero pour que les autorités s'attaquent enfin au problème du dopage et utilisent à des fins d'enquête les informations dévoilées par l'ancien coureur de l'équipe Kelme, mis à l'index par le milieu du cyclisme. La lutte antidopage serait-elle donc une valeur de gauche ? En France aussi, le coup de balai a coïncidé avec le passage au pouvoir d'un gouvernement socialiste. L'Espagne, dans le même temps, se disait préoccupée en priorité par le terrorisme lié aux mouvements indépendantistes. Saiz a profité du vide juridique dans son pays pour entretenir, avec la complicité du président de l'Union cycliste international (UCI), Hein Verbruggen, et de quelques dirigeants aveuglés par ses ambitions de développement économique du sport, "une certaine idée du cyclisme" qui a mené à la mise en oeuvre de l'UCI Pro Tour. La responsabilité du pouvoir accordé à Saiz, élu président des groupes sportifs dans la foulée du célèbre "doigt au cul" qu'il a prétendu mettre au Tour de France après avoir retiré son équipe au Tour 1998, est partagée par de nombreux décideurs du vélo. A-t-on oublié qu'en 1999, il interdisait à Laurent Jalabert de se soumettre au suivi longitudinal censé surveiller au mieux les paramètres hématologiques des coureurs français ? Il préférait cette année-là aligner son leader au Giro plutôt qu'au Tour. Du reste, en Italie, le champion de France rivalisait en montagne avec Marco Pantani et égalait contre-la-montre les performances de Sergeï Gontchar, ces deux champions de l'époque étant rattrapés le même mois par les contrôleurs de l'hématocrite.

De fait, l'histoire de Manolo Saiz mène immanquablement à celle de Laurent Jalabert, coureur emblématique de la ONCE pendant neuf saisons. Dans l'Equipe du 27 mai, le Mazamétain dément avoir fréquenté le docteur Fuentes à la différence du médecin officiel de ses années espagnoles, Nicolas Terrados, lui-même condamné pour mémoire à 30 000 francs d'amende à l'issue du procès Festina. Le consultant multi-médias du vélo français assène, à propos de l'affaire qui touche son ancien gourou : "C'est le prix à payer, peut-être, pour que tout cela n'arrive plus." Il ajoute : "Aujourd'hui, les règles du jeu sont claires : dommage que certains ne l'aient pas compris." Invité par Dominique Isartel à s'expliquer là-dessus, il précise : "A un moment donné, il y a eu un changement et certains n'ont pas changé. Moi, là-dedans, j'étais comme tout le monde. Je faisais du vélo, j'en ai fait pendant quinze ans et j'ai connu sa transformation. En 1998, tout a éclaté au grand jour et les gens intelligents ont compris qu'il fallait changer. D'autres - et apparemment ils sont nombreux - ne l'ont pas fait."
Voilà qui ressemble, avec toutefois une certaine subtilité, à des aveux de dopage de la part d'un coureur qui a illustré son époque en passant à travers tous les contrôles. En moins d'un mois, l'auréole de l'ancien maillot à pois est ternie une deuxième fois par des propos tenus à la barre du tribunal de Bordeaux le 19 juin 2006 à l'occasion du procès de l'affaire de Cahors dont le protagoniste le plus connu est Laurent Roux. Egalement membre du réseau de trafiquants, son jeune frère, Fabien, indique en audience publique avoir été "initié au pot belge lors d'une soirée du fan-club de Jalabert". Les faits, qui remontent à 2001, c'est-à-dire un certain temps après les nécessaires changements de 1998, sont confirmés par un autre ex-pro du Sud-Ouest, Olivier Asmaker, ancien coéquipier de Jalabert chez CSC.
Le dopage cause beaucoup de dégâts collatéraux. Des sponsors jettent l'éponge en cours d'exercice. C'est une première depuis que les "affaires", décidément trop nombreuses pour que le phénomène soit interprété comme une lubie de journalistes anti-cyclisme, représentent le fil conducteur de l'activité de ce sport. Avant que la Communauté de Valence cesse le parrainage de son équipe qui ferme boutique avant la fin de la saison 2006, au soir de la victoire de Ruben Plaza à la Classique de Los Puertos (que de "Puerto" cette année, dans le cyclisme ibérique !), Liberty Seguros est le premier bailleur de fonds à stopper avec effet immédiat son partenariat, dès le surlendemain de l'arrestation de Manolo Saiz !
Une clause que lui permet depuis la révision du contrat consécutive au contrôle antidopage positif à l'EPO de Roberto Heras à la Vuelta 2005. L'ironie de l'histoire enseigne que cette même Roberto Heras a convaincu Saiz de reprendre comme médecin de l'équipe, officieusement bien sûr, le docteur Fuentes qui s'était officiellement retiré du cyclisme après les scandales de l'équipe Kelme, pour se consacrer à la recherche contre le cancer.
En 2005, on se demandait comment Heras, transparent au Tour de France, pouvait devenir fulgurant au Tour d'Espagne un mois plus tard. L'évidence est maintenant établie que le docteur Fuentes est intervenu entre les deux évènements. Cela dit, le développement de l'affaire démontre aussi l'existence de réseaux de dopage au-delà des Pyrénées, en France, en Italie, et en Allemagne, où l'un des co-sponsors de Liberty Seguros, la firme d'outillage Würth, retire à son tour son parrainage.
Comme Manolo Saiz ne doute pas de son impunité, il s'envole vers le Kazakhstan. Alexandre Vinokourov, son leader, l'a mis en contact avec les hommes au pouvoir dans son pays qui regroupent en 24 heures un budget de plusieurs millions d'euros autour du nom de la capitale, Astana. La compagnie nationale de chemin de fer et d'industrie pétrolière viennent au secours du porte-drapeau sportif de cette ancienne république soviétique. Le cyclisme a t-il donc désormais la capacité d'actionner des leviers économiques de cette envergure à travers le monde ? C'est une sorte de choc pétrolier dans un milieu habitué à trouver comme sponsors des fabricants de carrelage en Toscane, les marchands de tapis en Flandres, les boulangers de Vendée ou les assembleurs franco-espagnols de tubes agricoles.
L'ambition d'Alexandre Vinokourov de reprendre au Tour de France le flambeau abandonné par Lance Armstrong est inscrite au rang des priorités du gouvernement kazakh. Mais l'Opération Puerto, médiatiquement silencieuses pendant quelques temps, redevient tonitruante au cours de la semaine précédant le départ du Tour de France. Le tribunal arbitral du sport refuse à Amaury Sport Organisation (ASO) la récusation de l'équipe Astana. Mais les pressions politiques sur l'appareil judiciaire espagnol viennent au secours de la direction de l'épreuve. Le secret de l'instruction est partiellement levé et des documents sont transmis à l'UCI après la rencontre, à Madrid, entre le ministre des sports, Jaime Lissavetsky, et le président Pat McQuaid, qui paraît moins complaisant que son prédécesseur envers Manolo Saiz et les forces obscures du dopage.

De grands champions sont démasqués : Jan Ullrich, sous le pseudonyme de "hijo rudicio" (fils de Rudy en référence à son mentor, Pévenage, dont on comprend enfin le rôle véritable aux côtés du coureur allemand), Ivan Basso, qui apparaît sur les fiches du docteur Fuentes sous le nom de son chien, Birillo. Les dopeurs ne manquent pas d'imagination pour brouiller les pistes. Ils chargent aussi un certain "Zapatero", mais évidemment, le Premier ministre d'Espagne ne participe pas au Giro, appelé dans les conversations codées "le festival de mai". Les écoutes téléphoniques confondent, outre Ullrich et Basso, Francisco Mancebo et Oscar Sevilla, en plus des deux coureurs de Phonak et anciens de Kelme, Santiago Botero et José Enrique Gutierrez. John Lelangue, le directeur sportif de la formation suisse, a le bon réflexe en écartant immédiatement de toute compétition ces deux hommes, à la différence du staff de T-Mobile, qui persiste dans la politique de l'autruche en engageant Sevilla au Tour de France. Il faut dire que Phonak est parfaitement rodée aux affaires de dopage : c'est d'ailleurs pour faire le ménage que le sponsor a appelé aux manettes l'ancien bras droit de Jean-Marie Leblanc. Dommage, toutefois que Lelangue, strict dans l'application des principes antidopage, n'ait pas mieux fouillé dans le passé de ses athlètes ; une recherche d'une simplicité enfantine sur Internet permet en effet de découvrir des liens historiques entre Botero et Fuentes.
A une semaine du départ du Tour, le quotidien El Pais exhibe des pièces du dossier : les produits saisis, en provenance de laboratoires clandestins chinois et commandés sur Internet ; les méthodes de conservation des poches de sang dont les globules rouges et le plasma sont dissociés ; les procédures de paiement des traitements, allant jusqu'à 40 000 euros annuels... La description de ce dopage organisé est particulièrement glauque. Evidemment, elle permet de comprendre pourquoi, depuis les changements de 1998, des nations comme la France sont en net recul dans les résultats alors que, dans le même temps, il sort des Espagnols de partout ! Jamais n'est apparue une évidence selon laquelle les Espagnols modernes avaient des prédispositions pour le sport cycliste supérieures à celles des Français du même âge. Nul n'avait perçu non plus, en dépit des prétentions de Manolo Saiz, qu'il existait au sud des Pyrénées un courant de compétences amélioré au niveau de l'encadrement.
Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, la grève des coureurs au départ du championnat d'Espagne 2006 ressemble à un aveu de dopage généralisé, rappelant la phrase restée célèbre, prononcée à Tarascon sur Ariège durant le Tour 1998 par Laurent Jalabert en réaction à un reportage-poubelle de France Télévisions : "On nous prend pour du bétail." La différence, c'est que cette fois la course n'a réellement pas lieu. Le peloton s'arrête 500 mètres seulement au-delà du baisser du drapeau, comme par hasard sous l'influence des coureurs de la Communauté de Valence et Astana, c'est-à-dire les plus directement concernés par les révélations d'El Pais.
Quel crédit accorder la parole d'un coureur cycliste ? Le mensonge est accolé à la pratique de cette activité depuis les débuts de son existence, dès lors que le secret de la victoire est directement lié à l'art de bluffer son adversaire. La popularité intacte de Richard Virenque après sa carrière laisse songeur : le plus long nez de Pinocchio des années 1990 a nié l'évidence jusqu'à la dernière minute. Il n'a avoué s'être dopé qu'acculé, à la barre du tribunal de Lille lors du procès Festina (novembre 2000), or le public, dans sa grande largesse, ne lui tient manifestement pas rigueur de lui avoir menti sans honte.
Comme le remarque Jalabert, les membres de la communauté cycliste sont nombreux à n'avoir pas changé après les scandales de 1998. Tous les coureurs initialement engagés sur le Tour de France signent, à la demande de l'UCI, une déclaration stipulant qu'ils ne sont en rien dans l'Opération Puerto.

Le surlendemain, l'heure est grave. A la veille du prologue, les directeurs sportifs de toutes les équipes sont réunis dans la salle Schumann du Palais des congrès de Strasbourg sous la direction de Patrick Lefévère, successeur de Manolo Saiz à la présidence de l'association des groupes sportifs. Les débats sont ouverts à voie basse comme si les murs avaient des oreilles, mais très vite, le dossier de 40 pages transmis par la justice espagnole est épluché. Roger Legeay prend la parole pour relire le code éthique signé par toutes les équipes à la création du Pro Tour, par lequel elles s'engagent à retirer de la compétition leurs coureurs impliqués dans une affaire de dopage. Un à un, les directeurs sportifs se prononcent pour "l'application à 100%" du code éthique. Même Bjarne Riis, avec l'air hagard d'un boxeur acculé dans les cordes, finit par approuver la décision collective sous les regards insistants de ses collègues. Cela signifie l'exclusion avant le départ de son leader, Ivan Basso, alors que l'équipe CSC était habitée par l'arrogante certitude de mener l'Italien au doublé Giro-Tour de France. Ullrich, Mancebo et Sevilla sont également priés de boucler leurs valises, sans possibilité de remplacement. Tant pis pour Andreas Klöden qui doit ainsi se contenter de six coéquipiers, à la différence de Floyd Landis qui en conserve huit puisque Botero et Gutierrez sont déjà écartés en interne.
Jusqu'à 20 heures, un doute subsiste quant à la participation de l'équipe Astana, dont plusieurs coureurs - mais pas le leader Alexandre Vinokourov - sont impliqués à différents degrés dans l'Opération Puerto. "Astana, avant de se retirer, a tenté de faire jouer ses protections pour échapper au verdict. Navrants calculs helvético-kazakhs..." écrit Jean-Marie Leblanc dans sa chronique du 2 juillet pour l'Equipe. Faut-il comprendre que les appels répétés d'Hein Verbruggen en faveur de l'équipe dont le propriétaire est toujours Manolo Saiz, son complice historique, ont fini par irriter la direction du Tour de France ?
Une page se tourne dans le cyclisme. Des têtes sont enfin tombées. Les acteurs majeurs se décident quand même à prendre leurs responsabilités au nom de la survie de leur discipline. La longue chronique du dopage, toutefois, ne se termine pas à la sortie de la réunion historique de Strasbourg. Une autre course commence sans Basso, ni Ullrich, ni Mancebo, ni Vinokourov, soit les quatre suivants immédiats d'Armstrong au classement final de 2005, mais avec Floyd Landis et Alejandro Valverde pour favoris... Landis ? Un anti-Armstrong sympathique, mais basé en Catalogne et supporté par un avocat madrilène. En Espagne, la lutte antidopage est à bon port. L'Opération Puerto n'est cependant qu'une étape au milieu d'une épreuve sans fin !

# Posté le samedi 30 décembre 2006 12:07

Modifié le dimanche 31 décembre 2006 09:15

Tous des dopés...

Tous des dopés...
Je suis fatigué. Fatigué par les multiples affaires de dopage qui pourrissent mon sport favori depuis une dizaine d'années. La vaste opération de dopage sanguin démantelée cet été en Espagne m'a fait très mal. Le soit-disant cyclisme du renouveau auquel on a voulu nous faire croire depuis le début des années 2000 n'était que foutèse !

Huit ans après l'affaire Festina, rien n'a changé ! L'EPO est certes maintenant détectable mais la médecine a découvert de nouveaux produits dopants entre-temps du même effet. Les révélations de Jesus Manzano du côté de Madrid et du laboratoire pharmaceutique d'Eufemanio Fuentes sont accablantes en ce sens. Quel vainqueur d'un Grand Tour lors de cette dernière décennie n'a t-il jamais été incriminé dans une affaire de dopage ?

Je ne suis pas naïf. Je sais que le fléau du dopage existe depuis la nuit des temps. Mais de là à ce qu'il vienne frapper à la porte du cyclisme tous les quatre matins, c'est autre chose. Parfois, je me demande si les coureurs ne sont pas obligés de se doper juste pour espérer suivre dans le peloton. Et dans ce cas-là si tous n'étaient pas des dopés ! Je sais aussi qu'il existe plusieurs formes de dopage. Le dopage à l'ancienne de bricoleur pour les gregarios qui portent les bidons... comme le dopage scientifique de pointe pour les champions qui rêvent de gloire ! Ces dernières années sont souvent tombées des coureurs appartenant à la première catégorie, rarement à la seconde... C'est en ce sens que l'affaire Puerto a provoqué une bombe atomique. Aujourd'hui, Jan Ullrich comme Ivan Basso, les icônes du cyclisme mondial, se retrouvent à leur tour dans la tourmente !

On sait tous que le docteur Ferrari était la star des années 1990, l'homme qui a implanté l'EPO dans les pelotons, avant de se faire rattraper par la justice italienne. Alors le docteur Fuentes a pris le relais depuis pour devenir en quelque sorte son fils spirituel. Il a inventé depuis quelques années une multitude de grimpeurs espagnols. Ceux-ci sortaient pour la plupart des équipes Kelme/Communidad Valenciana et Once/Liberty Seguros où Fuentes avait des rapports privilégiés avec les sulfureux directeurs sportifs Vicente Belda et Manolo Saiz. De ces équipes ont notamment émergé Roberto Heras, Joseba Beloki, Santiago Botero, Oscar Sevilla ou encore dernièrement Alejandro Valverde... qui vient de finir numéro un mondial de l'année 2006 ! Quel crédit donc encore accordez aujourd'hui à ces champions de la seringue ?

Lors du dernier Tour de France, les organisateurs ont interdit de départ les coureurs soupçonnés de fréquenter le laboratoire du docteur Fuentes. Mais cela n'a pas empêché le vainqueur de la Grande Boucle, Floyd Landis, de se faire contrôler positif à la testostérone lors du passage décisif dans les Alpes. Landis qui avait été auparavant le lieutenant de Lance Armstrong, le plus grand imposteur du cyclisme de tous les temps, pendant son septennat de régence sur le Tour entre 1999 et 2005...

Alors aujourd'hui je me demande de plus en plus souvent pourquoi je continuerai à m'intéresser à ce sport dans lequel j'ai de plus en plus de mal à me reconnaître, ce vélo avec lequel j'ai réussi à faire seul 407 kilomètres le 15 juin dernier en ingurgitant seulement des pâtes, du jambon, des fruits et de l'eau claire...

A méditer !

# Posté le jeudi 07 décembre 2006 17:12

Modifié le lundi 23 juillet 2007 06:01

Valverde, la nouvelle idole

Valverde, la nouvelle idole
Portrait du vainqueur du classement UCI ProTour 2006 :

Historiquement, le murcian Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne-Illes Balears) est l'une des multiples découvertes de la Kelme-Costa Blanca. Révélé après Fernando Escartin, Santiago Botero, Oscar Sevilla et Roberto Heras, l'Espagnol n'a pas tardé à éclore. Un an après ses débuts chez les professionnels, marqués par de belles places d'honneur au Tour de Catalogne comme à la Vuelta, Alejandro Valverde s'est taillé une réputation au cours de la saison 2003. Rapide au sprint et facile en montagne, le coureur espagnol a conquis de nombreux accessits avant d'éclater pour de bon au grand jour, obtenant son premier succès pro dans une étape du Tour du Pays-Basque 2003. Cette année-là, le murcian a en outre terminé 3ème de la Ruta del Sol, 5ème du Tour du Pays-Basque et bien plus encore 3ème du Tour d'Espagne, après deux victoires d'étapes, et 2ème du Championnat du Monde d'Hamilton derrière son compatriote Igor Astarloa !

Toujours chez Comunidad Valenciana en 2004, Valverde a confirmé en obtenant ses premiers succès : Tour de Valence, Tour de Murcie, Tour de Burgos, 4ème de la Vuelta et 6ème du Championnat du Monde de Vérone après avoir emmené le sprint victorieux de son leader Oscar Freire !

En 2005, l'espagnol a cédé aux sirènes de la formation Illes Balears-Caisse d'Epargne, bien qu'il se soit engagé avec la Comunidad Valenciana jusqu'en 2007. Valverde a racheté son contrat pour endosser des responsabilités de chef de file dans l'équipe du ProTour. Constant, il s'est imposé sur la Promenade des Anglais dans Paris-Nice (2ème au final) puis a pris part à son premier Tour de France. Il a remporté la première étape de montagne à Courchevel, devant Lance Armstrong, mais a été contraint à l'abandon en raison d'une tendinite. Il a conclu sa saison sur la 2ème marche du podium des Championnats du Monde de Madrid, encore une fois...

A 26 ans en 2006, Alejandro Valverde a atteint le top niveau. Son palmarès cette année est élogieux : 2ème du Tour du Pays-Basque avec une victoire d'étape, 1er de la Flèche Wallonne, 1er de Liège-Bastogne-Liège, 3ème du Tour de Romandie avec une victoire d'étape, 7ème du Critérium du Dauphiné-Libéré, 8ème de la Classica San Sebastian, 2ème de la Vuelta avec une victoire d'étape et pour finir 3ème du Championnat du Monde à Salzbourg.

Bon sprinter depuis toujours, facile en montagne et maintenant rouleur, Alejandro est progressivement devenu un coureur complet. Surnommé le "Jalabert espagnol" pour ses caractéristiques proches du champion français, lui-même numéro un mondial à la fin des années 1990, celles des années EPO en libre service, Alejandro aura dès demain la lourde responsabilité de porter sur ses épaules l'image de la nouvelle génération du cyclisme mondial, celle du renouveau, on l'espère...
Après tous les scandales de dopage qui ont éclaté depuis une dizaine d'années et la découverte des grands usurpateurs du début des années 2000 (Armstrong, Ullrich, Heras, Basso, Hamilton, Landis et consorts), Valverde représente un espoir pour le vélo de demain, l'espoir d'un cyclisme sans médecine scientifique...
C'est pour ça que l'on prend peur lorsqu'une rumeur circule trois jours après l'arrivée de la Vuelta à Madrid sur l'éventuelle implication du jeune prodige espagnol dans le réseau de dopage sanguin du sulfureux docteur Eufemanio Fuentes ! Beau garçon pédalant avec une certaine classe, Alejandro a pour l'instant tout pour lui. Il fonce à 300 km/h dans sa belle Ferrari. En espérant juste qu'il ne ratera pas le dangereux virage vers les sommets du cyclisme qu'il aura forcément à négocier dans ces prochaines années...


Le mot du vainqueur du classement UCI ProTour 2006 :

"Je suis très heureux d'avoir gagné le ProTour, auquel ont participé les meilleurs coureurs du monde sur les courses les plus importantes du calendrier. Je voudrais remercier tout le monde pour leur soutien cette année. Gagner le ProTour est une distinction spéciale qui confirme que j'ai eu une année fantastique. Je ne sais pas si je suis le meilleur coureur du monde, mais je suis sans doute le plus régulier. Ce triomphe dans le ProTour le démontre. Mon année a été très complète. Je l'ai commencée en gagnant les classiques de printemps et je l'ai finie par une 2ème place dans la Vuelta et le bronze au Mondial. L'année prochaine, je referai le Tour avec l'objectif d'un podium. Sur cette course, il faut y aller pas à pas. Le podium sera un grand objectif, mais il m'obsède. En 2007, je reviendrai également pour essayer de gagner les classiques ardennaises."

# Posté le mercredi 18 octobre 2006 09:25

Modifié le lundi 09 juillet 2007 16:40

Résultats 2006

Les résultats par épreuves :

* Paris-Nice : Floyd Landis (USA, Phonak Hearing Systems)
* Tirreno-Adriatico : Thomas Dekker (PBS, Rabobank)
* Milan-San Remo : Filippo Pozzato (ITA, Quick Step-Innergetic)
* Tour des Flandres : Tom Boonen (BEL, Quick Step-Innergetic)
* Gand-Wevelgem : Thor Hushovd (NOR, Crédit Agricole)
* Tour du Pays-Basque : José-Angel Gomez-Marchante (ESP, Saunier Duval-Prodir)
* Paris-Roubaix : Fabian Cancellara (SUI, Team CSC)
* Amstel Gold Race : Frank Schleck (LUX, Team CSC)
* Flèche Wallonne : Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne-Illes Balears)
* Liège-Bastogne-Liège : Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne-Illes Balears)
* Tour de Romandie : Cadel Evans (AUS, Davitamon-Lotto)
* Giro : Ivan Basso (ITA, Team CSC)
* Tour de Catalogne : David Cañada (ESP, Saunier Duval-Prodir)
* Critérium du Dauphiné-Libéré : Levi Leipheimer (USA, Gerolsteiner)
* Tour de Suisse : Jan Ullrich (ALL, T-Mobile)
* Contre-la-montre par équipes d'Eindhoven : Team CSC (USA)
* Tour de France : [Floyd Landis (USA, Phonak Hearing Systems)]
* Vattenfall Cyclassics : Oscar Freire (ESP, Rabobank)
* Tour d'Allemagne : Jens Voigt (ALL, Team CSC)
* Clasica San Sebastian : Xavier Florencio (ESP, Bouygues Telecom)
* Tour du Benelux : Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner)
* Grand Prix Ouest-France : Vincenzo Nibali (ITA, Liquigas)
* Tour de Pologne : Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner)
* Vuelta : Alexandre Vinokourov (KAZ, Astana)
* Championnats du Monde du contre-la-montre : Fabian Cancellara (SUI, Team CSC)
* Championnats du Monde de la course en ligne : Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic)
* Championnat de Zurich : Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi)
* Paris-Tours : Frédéric Guesdon (FRA, Française des Jeux)
* Tour de Lombardie : Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic)


Classement UCI ProTour 2006 :

1. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne-Illes Balears) 285 pt
2. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) 213 pt
3. Frank Schleck (LUX, Team CSC) 165 pt
4. Cadel Evans (AUS, Davitamon-Lotto) 162 pt
5. Andrey Kashechkin (KAZ, Astana) 156 pt
6. Alessandro Ballan (ITA, Lampre-Fondital) 155 pt
7. Tom Boonen (BEL, Quick Step-Innergetic) 154 pt
8. Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic) 144 pt
9. Ivan Basso (ITA, Team CSC) 138 pt
10. Stefan Schumacher (ALL, Gerolsteiner) 133 pt
...
13. Christophe Moreau (FRA, Ag2r Prévoyance) 118 pt
45. Frédéric Guesdon (FRA, Française des Jeux) 55 pt
55. Cyril Dessel (FRA, Ag2r Prévoyance) 45 pt
69. Sandy Casar (FRA, Française des Jeux) 36 pt
104. Pierrick Fédrigo (FRA, Bouygues Telecom) 17 pt
116. Patrice Halgand (FRA, Crédit Agricole) 12 pt
118. Samuel Dumoulin (FRA, Ag2r Prévoyance) 11 pt
121. Sylvain Calzati (FRA, Ag2r Prévoyance) 10 pt
123. Jimmy Casper (FRA, Cofidis) 10 pt
152. Christophe Mengin (FRA, Française des Jeux) 5 pt
153. Sylvain Chavanel (FRA, Cofidis) 5 pt
157. Thomas Voeckler (FRA, Bouygues Telecom) 5 pt
182. Ludovic Turpin (FRA, Ag2r Prévoyance) 3 pt
183. Stéphane Augé (FRA, Cofidis) 3 pt
196. Jean-Patrick Nazon (FRA, Ag2r Prévoyance) 2 pt
205. Jérôme Pineau (FRA, Bouygues Telecom) 1 pt
209. Sébastien Chavanel (FRA, Bouygues Telecom) 1 pt


Classement UCI ProTour par équipes 2006 :

1. Team CSC (DAN) 373 pt
2. Caisse d'Epargne-Illes Balears (ESP) 336 pt
3. Rabobank (PBS) 327 pt
4. Discovery Channel (USA) 321 pt
5. Lampre-Fondital (ITA) 309 pt
6. Gerolsteiner (ALL) 274 pt
7. Phonak Hearing Systems (SUI) 270 pt
8. T-Mobile (ALL) 267 pt
9. Astana (KAZ) 258 pt
10. Saunier Duval-Prodir (ESP) 258 pt
...
11. Crédit Agricole (FRA) 245 pt
14. Cofidis (FRA) 232 pt
16. Ag2r Prévoyance (FRA) 210 pt
18. Bouygues Telecom (FRA) 184 pt
19. Française des Jeux (FRA) 173 pt


Classement UCI ProTour par nations 2006 :

1. Espagne (ESP) 768 pt
2. Italie (ITA) 601 pt
3. Allemagne (ALL) 475 pt
4. Australie (AUS) 340 pt
5. Etats-Unis (USA) 316 pt
6. Belgique (BEL) 292 pt
7. Kazakhstan (KAZ) 286 pt
8. France (FRA) 259 pt
9. Pays-Bas (PBS) 259 pt
10. Russie (RUS) 234 pt

# Posté le mercredi 18 octobre 2006 09:20

Modifié le jeudi 19 octobre 2006 05:05

Tour de Lombardie

Tour de Lombardie
Bettini, au nom du frère

Sûr qu'il aurait aimé vaincre avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules dans un tout autre contexte. Sûr qu'il aurait souhaité pouvoir partager ce triomphe dans une édition historique du Tour de Lombardie avec son grand frère Sauro. Mais la vie des grands champions est ainsi faite, marquée de drames bouleversants forgeant le caractère hors normes de ces coureurs d'une autre trempe. Sacré champion du monde à Salzbourg il y a trois semaines, le Toscan Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic) est passé en dix jours de l'Everest aux abîmes de sa carrière. En début de semaine dernière, le monde s'est écroulé pour l'italien. Son frère aîné Sauro, dont il était très proche, a trouvé la mort dans un terrible accident de la route, laissant derrière lui une veuve et un orphelin de 10 ans, plus un frère inconsolable. Huit jours après son sacre autrichien, Paolo Bettini a vu le sol se fendre sous ses pieds. Il a failli renoncer au vélo à tout jamais. Pourtant, la vie continue. Il faut savoir franchir les obstacles que le destin jette violemment sur notre route. A 32 ans, Paolo Bettini aurait pu s'arrêter là. Le champion a tout gagné en cyclisme. Personne ne lui aurait tenu rigueur d'un retrait précipité par les circonstances. Mais le toscan, soutenu par une famille très unie, a finalement pris la décision de repartir au front. Une décision courageuse qui le conduit à prendre ce matin le départ de la 100ème édition du Tour de Lombardie. Plus qu'un champion du monde, Paolo Bettini s'affirme comme le vénérable porte-parole du peloton. Sa présence au départ de Mendrisio vient calmer le sempiternel conflit entre les grands tours (le Tour de Lombardie est organisé par RCS, détenteur du Giro) et l'Union Cycliste Internationale. Le champion du monde prend la parole pour défendre la cause d'Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne-Illes Balears), qui menaçait de déclarer forfait en raison du désaccord. "Il y a des règles que nous, coureurs, respectons, et il est juste que les autres les respectent aussi, déclare Paolo Bettini au départ. Le ProTour existe, que l'on soutienne ou non ce projet, et il faut respecter cela. Valverde a été le plus fort cette saison et il est juste qu'il soit récompensé. Les combats politiques ne doivent pas se faire sur la route." Un compromis est trouvé avec les organisateurs, qui refusaient que les cérémonies protocolaires du ProTour soient organisées sur leur épreuve ce soir, ne souhaitant pas promouvoir un système qu'ils renient depuis sa création. Et finalement, Alejandro Valverde s'élance de Mendrisio, vêtu du Maillot Blanc de lauréat du ProTour, en tête d'un peloton de 195 unités. L'Espagnol ne jouera aucun rôle dans l'épreuve lombarde, longue de 245 kilomètres, mais qui ne se décantera que dans le final, avec les ascensions de la Madonna del Ghisallo, du Civiglio et du San Fermo di Battaglia. Avant les 50 derniers kilomètres décisifs, la 100ème édition du Tour de Lombardie est animée par une échappée de quatre hommes : Andrea Pagoto (Panaria-Navigare), Georg Totschnig (Gerolsteiner), Diego Cacchia et James Perry (Barloworld). Le quatuor obtient une avance de treize minutes au maximum puis perd du terrain à mesure que le rythme s'accélère à sa poursuite. On s'approche du final vallonné. Comme prévu, la Madonna del Ghisallo déclenche les grandes hostilités. A 50 kilomètres de l'arrivée à Côme, Paolo Bettini place une double accélération. Il entraîne avec lui Michael Boogerd (Rabobank), Danilo Di Luca (Liquigas), Davide Rebellin (Gerolsteiner), Ricardo Ricco (Saunier Duval-Prodir), Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi) et Frank Schleck (Team CSC) ! Le champion du monde mène ce groupe tout au long de l'ascension, rentre sur les échappés, puis relance au sommet pour basculer flanqué de Boogerd, Di Luca, Schleck et Totschnig. Mais l'entente n'est pas suffisamment bonne entre ces cinq ténors, ce qui permet à un groupe de poursuivants d'effectuer son retour sur la tête de course dans la descente. Le groupe se voit renforcé par sept nouveaux coureurs : Matteo Carrara (Lampre-Fondital), Cristian Moreni (Cofidis), Fabian Wegmann (Gerolsteiner) et les indécrottables Andrea Pagoto, Davide Rebellin, Ricardo Ricco et Samuel Sanchez. Ils sont douze à se présenter au pied du Civiglio, à 15 kilomètres de l'arrivée. L'endroit est idéal pour permettre à Paolo Bettini de tendre une nouvelle embuscade à ses adversaires. Le champion du monde est un ton au-dessus. A ce niveau-là, ce ne sont plus les jambes qui font avancer le coureur, mais la tête. Le souvenir de Sauro obnubile Paolo Bettini, qui démarre soudain pour prendre un avantage déterminant. Le champion franchit le sommet en tête puis prend des risques insensés dans la descente, où Fabian Wegmann opère la jonction. Mais l'allemand a beaucoup donné pour rentrer sur son adversaire. Le visage crispé par la douleur, il saute naturellement dans la dernière difficulté, le San Fermo di Battaglia, à 7 kilomètres de l'arrivée. Dès lors, Paolo Bettini est seul. Une avenue se dessine devant ses roues mais cette victoire éblouissante restera marquée par la sobriété du champion. Après 245 kilomètres d'efforts, Paolo Bettini franchit la ligne d'arrivée en larmes, deux doigts tendus vers le ciel, le corps secoué par les sanglots. Passée la ligne, il tombe dans les bras de Tommasina et du jeune Francesco. L'image est émouvante, l'hommage est touchant. Champion d'Italie, champion du monde et champion olympique en titre, Paolo Bettini reste avant tout le champion du c½ur. A Côme, il clôt la saison 2006 sur une note homérique, devançant finalement Samuel Sanchez et Fabian Wegmann. Ainsi s'abaisse le rideau sur une saison cycliste riche en émotions...

Classement général final :
1. Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic) les 245 km en 6h08'06"
2. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 8 sec.
3. Fabian Wegmann (ALL, Gerolsteiner) m.t.
4. Cristian Moreni (ITA, Cofidis) à 14 sec.
5. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) à 46 sec.
6. Matteo Carrara (ITA, Lampre-Fondital) m.t.
7. Frank Schleck (LUX, Team CSC) m.t.
8. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) m.t.
9. Danilo Di Luca (ITA, Liquigas) à 2'32"
10. Andrea Pagoto (Panaria-Navigare) à 3'53"


Photo de Paolo Bettini (ITA, Quick Step-Innergetic)

# Posté le mercredi 18 octobre 2006 09:08