Paris-Tours

Paris-Tours
Guesdon à l'ancienne

A une semaine du terme de la saison, Paris-Tours fête aujourd'hui sa 100ème édition ! C'est un grand événement en cette fin d'année et les coureurs souhaitant accrocher cette édition historique sont nombreux. De tradition, Paris-Tours est la classique des sprinters. Les conditions climatiques sont idéales aujourd'hui et finalement, la liste des favoris est appelée à se rallonger. Certes, il y a bien un régiment de sprinters engagé au départ de Saint Arnoult en Yvelines pour 254,5 kilomètres quasiment dénués de difficultés jusqu'à Tours. La traversée de la Beauce et de la Touraine figure au programme du jour. Parmi les favoris à un sprint massif, on retrouve Boonen, Nazon, Usov, Hushovd et Kirsipuu, Bennati et Napolitano, Pagliarini et Ventoso, Förster et Haussler, Clerc et Guidi, Cooke et Hunt, O'Grady, Van Heeswijk et Eeckhout. Mais les attaquants savent bien que sur les dix dernières éditions de Paris-Tours, seules trois d'entre elles se sont conclues au sprint. Et ils mettent le feu aux poudres dès le départ, réalisant pas moins de 48 kilomètres au cours de la première heure. Ca roule très vite, ça attaque dans tous les sens, et ce sont vingt-huit coureurs qui trouvent l'ouverture après 25 kilomètres endiablés. Le peloton ne souhaite pas leur donner trop de champ mais malgré tout, les vingt-huit s'entendent bien et creusent assez vite l'écart. Derrière eux, le peloton explose. S'ils sont une trentaine à filer en tête de course, les autres se chamaillent pour essayer de rentrer sur la tête de course. Tous les coureurs n'évoluent pas sur le même rythme, si bien que plusieurs groupes se forment. Une quarantaine d'hommes, parmi lesquels Thor Hushovd, Baden Cooke, Stuart O'Grady, Daniele Bennati et Jaan Kirsipuu. En tête, dans le groupe des vingt-huit, on retrouve Carlos Abellan et Koen De Kort (Astana), Frédéric Amorison (Landbouwkrediet-Colnago), Kurt-Asle Arvesen et Kasper Klostergaard (Team CSC), Graeme Brown et Pedro Horillo (Rabobank), Mauro Da Dalto, Enrico Gasparotto et Luca Paolini (Liquigas), Steven De Jongh et Kevin Van Impe (Quick Step-Innergetic), Tyler Farrar et Cristian Moreni (Cofidis), Frédéric Finot et Frédéric Guesdon (Française des Jeux), Enrico Franzoi et Danilo Napolitano (Lampre-Fondital), Vladimir Gusev (Discovery Channel), Iñaki Isasi (Euskaltel-Euskadi), Jan Kuyckx (Davitamon-Lotto), Yoann Le Boulanger (Bouygues Telecom), Christoph Meschemoser et Maarten Tjallingii (Skil-Shimano), Stéphane Poulhies (Ag2r Prévoyance), Sebastien Siedler (Team Milram), David Vitoria (Phonak Hearing Systems) et Peter Wrolich (Gerolsteiner). Les vingt-huit hommes de tête creusent assez vite l'écart sur le premier peloton, qui ne se résigne pourtant pas et insiste à la poursuite des attaquants. Derrière, le gros du peloton se relève. Aucune équipe ne prend la responsabilité de rouler après les quelques soixante-dix concurrents détachés. L'écart augmente. Il atteint le quart d'heure à mi-parcours. Pour le peloton, la course prend une tournure alarmiste. Tom Boonen (Quick Step-Innergetic) est piégé à bord du mauvais wagon. Pour lui, la course se termine au ravitaillement. En effet, le peloton ayant accumulé trop de retard au cours de la première partie de course, c'est un abandon collectif qui est décrété au ravito. Le peloton se retire pour ne laisser en course que vingt-huit coureurs pris en chasse par un groupe de quarante-quatre unités. Ce groupe perd jusqu'à 4'30" puis comble progressivement son retard. Dans l'imposant groupe de tête, on comprend que la 100ème édition de Paris-Tours ne ressemblera à aucune autre. Les têtes des sprinters sont tombées et c'est un attaquant, encore une fois, qui peut aujourd'hui tirer son épingle du jeu. Aussi, face à ce Paris-Tours atypique, de premières attaques secouent le groupe des vingt-huit à 50 kilomètres du but. Les accélérations se multiplient jusqu'à l'éclosion d'une nouvelle échappée de cinq concurrents. A bord, on y retrouve Kurt-Asle Arvesen, Enrico Gasparotto, Frédéric Guesdon, Cristian Moreni et Kevin Van Impe. Les cinq hommes repoussent tout doucement leurs anciens compagnons d'échappée sur les routes menants à Tours. Mais les écarts demeurent minces entre chacun des groupes. Derrière surtout, ce qu'il convient d'appeler le peloton revient sur les anciens échappés. Un regroupement général s'opère à la poursuite des cinq hommes de tête à 15 kilomètres du but. Kurt-Asle Arvesen, Enrico Gasparotto, Frédéric Guesdon, Cristian Moreni et Kevin Van Impe abordent le final de Paris-Tours avec une avance réduite à 15 secondes sur le peloton. Et pourtant, Frédéric Guesdon profite de la côte de l'Epan, à 8 bornes de l'arrivée sur l'interminable avenue de Grammont, pour résister encore au regroupement général. Seul le Norvégien Kurt-Asle Arvesen se joint encore au Breton, les deux hommes entamant alors une course poursuite avec leurs poursuivants. Le suspense est intenable dans les rues de Tours, mais les deux hommes réalisent l'exploit. Après 230 kilomètres d'échappée, ils se présentent en rescapés d'un Paris-Tours fou, fou, fou. Sur l'avenue de Grammont, le Français Frédéric Guedon vient s'offrir une autre grande classique, neuf ans après son sacre dans Paris-Roubaix. Il s'impose devant Kurt-Asle Arvesen, Stuart O'Grady (Team CSC) réglant le sprint du peloton dans leur sillage. A bientôt 35 ans, il parachève ici une fantastique carrière propre de bout en bout...

Classement général final :
1. Frédéric Guesdon (FRA, Française des Jeux) les 154,5 km en 5h31'09" (46,1 km/h)
2. Kurt-Asle Arvesen (NOR, Team CSC) m.t.
3. Stuart O'Grady (AUS, Team CSC) à 8 sec.
4. Thor Hushovd (NOR, Crédit Agricole) m.t.
5. Alexandre Usov (BLR, Ag2r Prévoyance) m.t.
6. Baden Cooke (AUS, Unibet.com) m.t.
7. Frank Hoj (DAN, Gerolsteiner) m.t.
8. Danilo Napolitano (ITA, Lampre-Fondital) m.t.
9. Tom Steels (BEL, Davitamon-Lotto) m.t.
10. Filippo Pozzato (ITA, Quick Step-Innergetic) m.t.


Photo de Frédéric Guesdon (FRA, Française des Jeux) entre Kurt-Asle Arvesen (NOR, Team CSC) et Stuart O'Grady (AUS, Team CSC)

# Posted on Wednesday, 11 October 2006 at 9:06 AM

Edited on Monday, 09 July 2007 at 4:41 PM

Grand Prix de Zurich

Grand Prix de Zurich
Sanchez par chaos

L'automne a débuté il y a huit jours mais, avec l'entrée de la planète dans le mois d'octobre la nuit dernière, un pas de plus est fait dans cette période transitoire entre l'été et l'hiver. Les jours se font de plus en plus courts, de plus en plus frais, de plus en plus gris. L'heure sera bientôt venue de ranger les vélos au garage mais pour les coureurs professionnels, il reste encore quinze jours avant la fin de la saison. Le Championnat de Zurich constituait naguère une course estivale, avant que la refonte du calendrier ne s'en mêle il y a dix-huit mois et que la classique helvète n'adopte une nouvelle date automnale. La course n'a rien perdu de sa superbe, en dépit de ce changement de date. Les meilleurs athlètes du peloton sont toujours présents au départ de Zurich, la course demeure somptueuse. Seul l'indice météorologique persiste à rappeler depuis un an que le Championnat de Zurich est passé à l'heure d'hiver. L'année dernière en effet, Paolo Bettini s'était imposé pour la deuxième fois de sa carrière à Zurich au prix d'une fabuleuse démonstration sous un déluge mémorable. Les nuages ne peuvent à nouveau retenir leurs gouttes aujourd'hui, et s'il fait un peu moins froid que l'an passé, c'est bien sous les ondées que va se dérouler la 93ème édition du Championnat de Zurich. Une semaine après les Championnats du Monde de Salzbourg, 169 coureurs s'élancent ce matin de Zurich, emmitouflés dans leurs vêtements de pluie. Au programme du jour, 240,9 kilomètres répartis en une grande boucle de 72,5 kilomètres autour du lac de Zurich, suivie de quatre tours d'un circuit de 42,1 kilomètres comprenant les ascensions du Forch (5,2 km à 3,3%), de l'Ausser Vollikon (1,9 km à 6,2 %), du Pfannenstiel (2,9 km à 6 %) et du Wetzwil (0,9 km à 7,3 %). Le tout sur des routes détrempées où s'agglutinent les premières feuilles mortes. Les conditions sont encore clémentes au départ de la course, ce qui incite les attaquants à passer à l'offensive de bonne heure. Le japonais Fumiyuki Beppu (Discovery Channel), l'italien Michele Gobbi (Team Milram) et le français Jérémy Roy (Française des Jeux) démarrent après 25 kilomètres. C'est le début d'une longue parade en tête de course. Le peloton ne tressaille pas à la vue des trois attaquants et leur accorde les yeux fermés jusqu'à dix-sept minutes d'avance. Mais le ciel s'assombrit bientôt pour les trois animateurs matinaux. La pluie fait son apparition sur la course. Elle ne quittera plus la jolie région de Zurich. Fumiyuki Beppu, Michele Gobbi et Jérémy Roy sont pris en chasse par le peloton. Le temps est compté. Gobbi est le premier à lâcher prise, à 120 kilomètres du but. Beppu et Roy se maintiendront devant jusqu'à 60 bornes de l'arrivée, repris non pas par le peloton, mais par un groupe d'une trentaine d'unités. Effectivement, sous l'impulsion de plusieurs concurrents, le peloton s'est scindé en deux à 90 kilomètres de l'arrivée. La grande bagarre est déclenchée par une poignée de favoris parmi lesquels Ballan, Cancellara, Celestino, Di Luca, Flecha et Gilbert. Un groupe d'une trentaine d'hommes se détache du peloton. Le champion du monde Paolo Bettini (Quick Step-Innergetic) est pris à froid. Piégé, il ne reviendra pas sur les meilleurs et quittera finalement la course avant le dernier tour de circuit. Les contre-attaquants reviennent très vite sur le duo de tête. A 60 bornes de l'arrivée, un premier peloton d'une quarantaine d'unités occupe la tête de course ! La grande bagarre est déclenchée, les favoris dévoilent leur jeu. Danilo Di Luca (Liquigas) attaque dans le Pfannenstiel, accompagné par Cancellara, Leukemans, Moletta, Szmyd, Tosatto et Van Goolen, puis par Flecha, Gilbert, Lastras et Visconti. Ces échappés abordent le dernier tour de circuit avec une mince avance sur ce qui reste du peloton. Et malgré l'énorme volonté de Philippe Gilbert (Française des Jeux) et Danilo Di Luca, tout se regroupe encore une fois à 35 kilomètres du but. Le peloton, cependant, a beaucoup souffert. La pluie et une course d'usure ont affaibli nombre de concurrents. A 32 kilomètres de l'arrivée, une énième attaque des favoris s'avère décisive. Six coureurs s'échappent. L'échappée est royale avec Michael Boogerd (Rabobank), Vladimir Gusev (Discovery Channel), Davide Rebellin (Gerolsteiner), Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi), Fabian Cancellara et Stuart O'Grady (Team CSC). Cette fois, le peloton s'avoue vaincu. Le 93ème Championnat de Zurich va se jouer entre les six échappés, bravant dans le final la pluie et le froid à travers les forêts sombres et humides de la Suisse. Des six échappés, un homme fait une sacrée impression. Le basque Samuel Sanchez, 4ème la semaine dernière du Championnat du Monde de Salzbourg, donne le rythme dans les dernières ascensions. Il élimine ainsi Vladimir Gusev du groupe de tête à 18 kilomètres du but et affaiblit considérablement Fabian Cancellara, qui s'est dépensé sans compter toute la journée. Boogerd, O'Grady et Rebellin semblent également alourdis par la pluie imbibant leurs vêtements. Et finalement, Samuel Sanchez prend la fuite à 12 kilomètres de l'arrivée. Dans un style aérien, le Basque prend tout de suite 20 secondes à ses adversaires transis de froid et incapables de s'entendre efficacement. Les jeux sont faits. A 28 ans, Samuel Sanchez n'a plus qu'à aller cueillir une magnifique victoire dans une course à nouveau dantesque. Une conclusion amplement méritée pour l'Espagnol, 2ème cette saison de la Flèche Wallonne, 4ème du Championnat du Monde et 7ème de la Vuelta. A Zurich, il devance O'Grady, Rebellin, Boogerd et Cancellara. Smauel Sanchez grimpe avec cette victoire à la deuxième place du classement du Pro Tour derrière son illustre compatriote Alejandro Valverde pour qui il s'était sacrifié en vain il y a une semaine au Mondial de Salzbourg...

Classement général final :
1. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) les 140,9 km en 6h03'48"
2. Stuart O'Grady (AUS, Team CSC) à 30 sec.
3. Davide Rebellin (ITA, Gerolsteiner) m.t.
4. Michael Boogerd (PBS, Rabobank) m.t.
5. Fabian Cancellara (SUI, Team CSC) à 36 sec.
6. Cristian Moreni (ITA, Cofidis) à 1'12"
7. Nicki Sorensen (DAN, Team CSC) m.t.
8. Vladimir Gusev (RUS, Discovery Channel) à 1'17"
9. Danilo Di Luca (ITA, Liquigas) à 1'20"
10. Filippo Pozzato (ITA, Quick Step-Innergetic) m.t.


Photo de Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi)
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Wednesday, 11 October 2006 at 9:01 AM

Edited on Monday, 23 July 2007 at 6:01 AM

Championnats du Monde de la course en ligne

Championnats du Monde de la course en ligne
La consécration pour Bettini

Les Championnats du Monde de cyclisme sont décidément uniques. Aucun événement cycliste, aucune manifestation sportive, ne leur ressemble. L'atmosphère d'un Mondial est sans comparaison. D'abord parce que les repères traditionnels sont faussés, les équipes étant dissoutes pour rassembler chaque coureur sous les étandards nationaux. Mais surtout parce que le monde du cyclisme, dans sa grande loyauté, ne fait pas de fixation sur telle ou telle nation. A la différence de tout autre événement de cet ampleur, les amoureux de vélo encouragent l'effort et le spectacle avant le soutien patriotique. Qu'importe que nos Français soient ou non dans le coup, le meilleur doit gagner. Car le maillot arc-en-ciel se mérite. Ils sont ainsi des milliers de fidèles à se masser le long des 22,2 kilomètres du circuit de Salzbourg en ce dernier dimanche de septembre. Des supporters venus des quatre coins de la planète dans le seul but d'assister à l'avènement de notre nouveau champion du monde. Bien sûr, chaque pays aborde le Mondial autrichien avec sa raison d'espérer. L'épreuve peut parfois s'apparenter à une vaste loterie, mais le vainqueur grimpe rarement sur la plus haute marche du podium par hasard. Nombreux sont ceux à convoiter le titre mondial dans un peloton multicolore qui comprend 198 coureurs issus de quarante-deux nations. Et parmi eux, le plus éperonné de tous est sans conteste Paolo Bettini. A 32 ans, le plus attachant des champions contemporains a tout gagné. Un titre olympique, deux titres nationaux, trois Coupes du Monde, les plus grandes classiques (Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège, Championnat de Zurich, Tour de Lombardie), des étapes dans les trois grands tours... mais toujours pas de titre mondial. Le maillot arc-en-ciel s'est toujours refusé au toscan, déjà 4ème chez les Espoirs en 1996, puis médaillé d'argent à Lisbonne en 2001 et 4ème à Hamilton en 2003. Néanmoins, Franco Ballerini a su de nouveau concevoir une squadra azzurra entièrement dévouée à Paolo Bettini. Il y a l'art et la manière. L'art, c'est d'avoir su composer cette fabuleuse équipe d'Italie qui comprend Ballan, Bettini, Bruseghin, Di Luca, Nocentini, Paolini, Pozzato, Rebellin et Tosatto. La manière, elle s'exprime sur le terrain. Les premières man½uvres débutent dès le deuxième des douze tours du circuit de 22,2 kilomètres. Le parcours comporte deux bosses situées à mi-tracé. Ce n'est pas ce qu'on a vu de plus dur dans un Mondial par le passé mais la distance marathon doit jouer son rôle. La course est lancée dès le 10ème kilomètre par le Colombien Alex Cano. Onze coureurs lui emboîtent le pas dans le deuxième tour en s'extirpant du peloton. Les italiens Rinaldo Nocentini et Matteo Tosatto sont là, aux côtés de Bram De Groot (Pays-Bas), Tyler Farrar (Etats-Unis), Aliaksandr Kychinski (Biélorussie), Luis Perez (Espagne), Daniel Petrov (Bulgarie), Nicolas Roche (Irlande), Stephan Schreck (Allemagne), Jurgen Van Goolen (Belgique) et Thomas Voeckler (France). Les douze échappés sont partis pour un long baroud. La majeure partie des nations étant représentées devant, le peloton lève le pied. L'écart augmente pour atteindre quinze minutes après quatre des douze tours de circuit. Les autrichiens puis les suisses décident alors de réduire la différence. La chasse est lancée et les douze animateurs matinaux sont finalement sur le point d'être rejoints dans la neuvième boucle. Mais avant que la jonction ne s'opère, quatorze coureurs se joignent au groupe de tête. Sous l'impulsion d'une équipe d'Italie qui affirme clairement ses ambitions, Danilo Di Luca et Filippo Pozzato (Italie), Stijn Devolder et Philippe Gilbert (Belgique), Samuel Sanchez et Carlos Sastre (Espagne), Kurt-Asle Arvesen (Norvège), Raivis Belohvosciks (Lettonie), Fabian Cancellara (Suisse), Vladimir Efimkin (Russie), Andrey Kashechkin (Kazakhstan), Marcus Ljungqvist (Suède), Stuart O'Grady (Australie) et Nicki Sörensen (Danemark) rentrent sur le groupe de tête à 75 kilomètres du but. Et la squadra azzurra se retrouve en surnombre en tête, avec quatre représentants. Cette échappée de vingt-cinq concurrents, qui comprend nombre d'outsiders, n'est évidemment pas du goût du peloton. Même si l'écart atteint rapidement la minute, la meute est lancée à la poursuite des hommes de tête. L'entente n'est pas bonne à l'avant et un inévitable regroupement général s'effectue à l'amorce de l'avant-dernier tour. Il reste alors 40 kilomètres pour départager un peloton massif. Et les italiens s'en chargent à nouveau ! Cette fois, Paolo Bettini sort de l'ombre. Le toscan démarre dans la côte de Tiefenbach, le vrai raidard du circuit, et s'isole en compagnie de l'allemand Fabian Wegmann. Mais le peloton n'est pas loin et plonge sur les deux fuyards dans la descente sur Salzbourg. L'Italie ne se résigne pas et délègue Davide Rebellin en tête de course. L'italien honore son retour en équipe nationale en s'échappant avec le suisse David Loosli et le français Sylvain Chavanel. Mais le trio est également revu par le peloton à l'entame du dernier tour de circuit, soit à 20 kilomètres de l'arrivée. Les français, longuement représentés en tête avec Thomas Voeckler, abattent leurs dernières cartes. Sylvain Calzati puis Sébastien Joly tentent un coup avant les deux dernières ascensions. En vain. Les favoris aussi lâchent enfin les chevaux dans les dernières difficultés. Dans Tiefenbach, Paolo Bettini, encore, démarre flanqué de Boogerd, Kroon, Wegmann et Vinokourov. Mais l'attaque n'est pas suffisamment franche et l'important peloton rejoint les assaillants dans la longue descente vers la ligne d'arrivée. En dépit d'une nouvelle tentative de Davide Rebellin, c'est un rush massif qui va clore ces Mondiaux autrichiens. Un sprint, oui, mais plutôt singulier. Aux 350 mètres, une micro-cassure est enregistrée. Quatre hommes sont projetés en tête : l'allemand Erik Zabel, l'italien Paolo Bettini et les espagnols Samuel Sanchez et Alejandro Valverde. Boonen, McEwen, O'Grady et tous les autres sont piégés. Dans la dernière ligne droite, ils n'ont plus qu'à livrer le sprint de leur vie. Sanchez emmène son compatriote Valverde mais ce dernier se fait rapidement déborder par Zabel et Bettini. Au terme d'un Mondial parfaitement agencé par ses compatriotes, Paolo Bettini achève sa symphonie au pays de Mozart pour décrocher dans l'émotion le titre de champion du monde. Ou le couronnement d'une grandissime carrière. Le grillon est au sommet de son art !

Classement général final :
1. Paolo Bettini (ITA, Italie) les 265,9 km en 6h15'36" (42,5 km/h)
2. Erik Zabel (ALL, Allemagne) m.t.
3. Alejandro Valverde (ESP, Espagne) m.t.
4. Samuel Sanchez (ESP, Espagne) à 2 sec.
5. Robbie McEwen (AUS, Australie) m.t.
6. Stuart O'Grady (AUS, Australie) m.t.
7. Uros Murn (SLO, Slovénie) m.t.
8. Alexandre Botcharov (RUS, Russie) m.t.
9. Tom Boonen (BEL, Belgique) m.t.
10. Vladimir Gusev (RUS, Russie) m.t.


Photo de Paolo Bettini (ITA, Italie) entre Alejandro Valverde (ESP, Espagne) et Erik Zabel (ALL, Allemagne)

# Posted on Monday, 25 September 2006 at 10:27 AM

Edited on Monday, 23 July 2007 at 6:01 AM

Championnats du Monde du contre-la-montre

Championnats du Monde du contre-la-montre
Cancellara, l'émergence d'un grand champion

Sacré champion du monde du contre-la-montre chez les Juniors en 1998 à Valkenburg puis en 1999 à Vérone, Fabian Cancellara avait recueilli une médaille d'argent chez les Espoirs en 2000 à Plouay avant de goûter au bronze l'an passé chez les Elites à Madrid. C'est également le contre-la-montre qui lui permit de se révéler aux yeux du grand public par l'obtention du Maillot Jaune du Tour de France au soir du prologue du Tour de France 2004 à Liège... avant que le Suisse ne démontre au monde du cyclisme une autre face de l'étendue de son talent en s'adjugeant au printemps dernier une édition rocambolesque de Paris-Roubaix. Assurément, du sang de champion coule dans les veines de Fabian Cancellara, qui se présente aujourd'hui au départ des Championnats du Monde du contre-la-montre de Salzbourg avec un objectif connu de tous. Le rouleur helvétique a misé toute sa fin de saison sur ce jour. En forme au Tour d'Espagne, où il n'avait concédé la victoire dans le premier contre-la-montre qu'au prix de quelques centièmes de seconde, Fabian Cancellara a quitté la Vuelta après deux semaines de course pour préparer activement le chrono autrichien. Stages et reconnaissances multiples du parcours de 50,8 kilomètres ont rythmé ses derniers jours d'entraînement. Fabian Cancellara a la condition et le mental pour devenir champion du monde. Reste à le démontrer sur un terrain accidenté, marqué par deux côtes et un soleil splendide, et sur lequel vont s'élancer cinquante-trois concurrents, parmi lesquels les redoutables Andreas Klöden, David Zabriskie, Laszlo Bodrogi, Alexandre Vinokurov, José-Ivan Gutierrez et Michael Rogers. La saison a été longue et les performances de certains des meilleurs rouleurs de la planète vont étrangement s'en trouver chamboulées. C'est le cas pour l'allemand Andreas Klöden, qui perd très vite toute ambition de bien figurer et termine sa saison sur une 27ème place à 4'42". Le hongrois Laszlo Bodrogi n'est pas dans le coup sur ce parcours vallonné. Au fil des kilomètres, il perd du temps... et de la motivation. Il termine 19ème à 3'51". Le britannique David Millar est quant à lui perturbé par une crevaison 3 kilomètres après le départ. Il doit changer de vélo et sa concentration en prend un coup. Il finit 15ème à 3'21". Médaillé d'argent il y a un an, José-Ivan Gutierrez ne trouve pas l'allure non plus sur le parcours de Salzbourg et se classe 14ème à 3'07", abattu moralement par le retour sur lui à mi-course de Fabian Cancellara, pourtant parti deux minutes dans son dos. L'autre surprise de ce Championnat du Monde du contre-la-montre, c'est la contre-performance de Michael Rogers. Triple champion du monde sortant, l'australien s'aperçoit très vite de son manque de rendement. Du fait de son départ en dernière position, il bénéficie des temps de passage de chacun de ses rivaux, ce qui a le pouvoir de lui miner le moral à chaque chrono intermédiaire. A Salzbourg, Rogers se classe 8ème à 2'31". En fait, seuls trois des favoris précités répondent présents au rendez-vous. Le kazakh Alexandre Vinokourov s'élance sur d'excellentes bases mais, grimpant tout en puissance, il est victime d'un saut de chaîne dans la première difficulté. Le vainqueur de la Vuelta doit poser pied à terre pour remettre les maillons à leur place. Il perd beaucoup de temps dans cet incident, qui lui coûte probablement la médaille d'argent. En effet, Vino prend à Salzbourg la 3ème place à 1'49". Il obtient la médaille de bronze mais aurait sans doute pu jouer l'argent, décroché par l'américain David Zabriskie, qui réalise la 2ème performace à 1'29". Qu'importe le métal, l'or était de toute façon inaccessible. Pédalant tout en puissance, le suisse Fabian Cancellara n'aura jamais tremblé au cours des 50,8 kilomètres du parcours accidenté, avalés à plus de 50 km/h de moyenne ! Passé largement en tête à chacun des pointages, Fabian Cancellara franchit la ligne d'arrivée avec un rictus de satisfaction. Le voilà champion du monde du contre-la-montre à seulement 25 ans ! Côté Français, les performances sont loin du niveau international. Christophe Kern termine 41ème à 6'25", Benoît Vaugrenard 44ème à 6'42".

Classement général final :
1. Fabian Cancellara (SUI, Suisse) les 50,8 km en 1h00'11" (50,6 km/h)
2. David Zabriskie (USA, Etats-Unis) à 1'29"
3. Alexandre Vinokourov (KAZ, Kazakhstan) à 1'49"
4. Brian Vandborg (DAN, Danemark) à 1'53"
5. Sebastian Lang (ALL, Allemagne) à 2'08"
6. Vasili Kiryienka (BLR, Biélorussie) à 2'13"
7. Leif Hoste (BEL, Belgique) à 2'31"
8. Michael Rogers (AUS, Australie) m.t.
9. Andriy Grivko (UKR, Ukraine) à 2'45"
10. Vladimir Gusev (RUS, Russie) à 2'53"


Photo de Fabian Cancellara (SUI, Suisse)

# Posted on Friday, 22 September 2006 at 5:04 PM

Edited on Monday, 09 July 2007 at 4:41 PM

Tour d'Espagne

Tour d'Espagne
La revanche de Vinokourov

Le cyclisme est toujours dans la tourmente au départ de la 61ème édition de la Vuelta. Denis Menchov reçoit à Malaga de façon pathétique un an après le déclassement de Roberto Heras pour dopage le maillot de oro 2005. Le russe est enfin déclaré vainqueur sur tapis vert. Entre-temps, Ivan Basso a gagné le Giro avec l'aide du labaratoire pharmaceutique du docteur Fuentes et Floyd Landis le Tour grâce à une cure de testostérone dans les Alpes. Qu'est ce que cette Vuelta va donc nous réserver comme affaire de dopage cette année ? La veille du départ, Koldo Gil est exclu pour implication dans l'affaire Puerto. Il rejoint la majorité des stars espagnoles qui ont suivi Roberto Heras dans la déchéance sportive depuis un an. La Guardia Civil ne laisse dorénavant plus rien passer après avoir longtemps fermé les yeux sur les exploits de ces coureurs nationaux. Comme dans la majorité des Grands Tours, cinq favoris se détachent pour la victoire finale. Il s'agit de Denis Menchov, deuxième l'année dernière sur la route derrière le tricheur Roberto Heras, mais il semble fatigué après une saison éprouvante passée à briller sur le Dauphiné et le Tour de France. Pareil pour Oscar Pereiro, vainqueur sur tapis vert lui du Tour de France derrière l'imposteur Floyd Landis. Que dire de Carlos Sastre qui participe ici à son troisième Grand Tour de l'année après avoir aidé Ivan Basso à voler le Giro et terminé quatrième du Tour de France ? Face à ces trois coureurs en fin de parcours, Alexandre Vinokourov, privé de Tour de France à cause de son équipe Liberty-Seguros dopée, et Alejandro Valverde, contraint tôt à l'abandon dans cette même course, ont la fraîcheur pour eux. Dès le contre-la-montre par équipes de Malaga, la CSC fait étallage de sa puissance collective pour propulser son leader Carlors Sastre au sommet du classement. Ca ne dure qu'un jour car le lendemain à Cordoue Paolo Bettini fait coup double au sprint en devançant tous les spécialistes. Lundi, c'est Francisco Ventoso qui en fait de même. Thor Hushovd s'empare du maillot de oro à coup de bonifications mais est de nouveau battu le lendemain à Caceres par le revenant Erik Zabel. Mercredi, c'est la première arrivée en altitude vers la station de la Covatilla. Mais pas la grande lessive pour autant car les écarts sont faibles au sommet. Danilo Di Luca, venu en Espagne préparer les championnats du Monde, s'impose devant le jeune Janez Brajkovic et se pare du maillot de oro. Valverde et Sastre se marquent en finissant à une vingtaine de secondes de Di Luca quand Menchov et Pereiro s'écroulent. Vinokourov perd lui deux bonnes minutes mais son équipe Astana possède un leader de rechange en la personne d'Andrey Kashechkin qui finit troisième de l'étape. Jeudi, Thor Hushovd gagne enfin à Leon après trois places de deuxième pour consolider son maillot du classement par points qu'il ne quittera plus jusqu'à Madrid. Vendredi, deuxième étape de montagne vers El Morredero où le leader Danilo Di Luca craque à son tour. Alexandre Vinokourov en difficulté l'avant-veille se refait la cerise et croit même l'emporter à 200 mètres de la ligne... avant que la fusée Alejandro Valverde ne le dépose sur sa gauche ! Le duel entre les deux hommes ne fait là que commencer. Au sommet du Morredero, Janek Brajkovic est le nouveau maillot de oro grâce à sa régularité. A 22 ans, après de belles places d'honneur cette année au Tour de Catalogne et au Tour de Suisse, il se révèle aux yeux du grand public. La huitième étape se conclut en léger faux-plat à Lugo, ce qui convient parfaitement à l'orgueilleux Alexandre Vinokourov, battu de justesse la veille, qui fait échec aux sprinters. Vino se replace grâce aux bonifications à moins de deux minutes au général et annonce que la Vuelta ne fait que commencer pour lui. Il confirme le lendemain vers la Cobertoria en écrasant les pédales de toutes ses forces dans l'ascension finale. Personne ne peut le suivre. Même pas Alejandro Valverde qui finit deuxième de l'étape à une trentaine de secondes et s'empare du maillot de oro au détriment de Janek Brajkovic en perdition dans les derniers kilomètres. Le leader du Pro Tour troque son beau maillot blanc contre celui de leader de son Tour national. Il est rayonnant malgré la menace kazakhe qui commence à se préciser avec le tandem infernal Vinokourov-Kashechkin. Dans cette équipe Astana court également Sergio Paulinho, le vice-champion olympique d'Athènes 2004, qui gagne le lendemain échappé. Mercredi, nouvelle échappée au long cours, qui profite ce coup-ci à Egoi Martinez sur la route de Burgos. Rebelotte le lendemain où c'est Luca Paolini qui l'emporte à Guadalajara. L'ennui est à son paroxysme lors de cette deuxième semaine de Vuelta... avant que Samuel Sanchez nous fasse un numéro d'acrobate dans la descente de l'alto de Castillo pour garder moins d'une seconde d'avance à l'arrivée sur l'avant-garde du peloton où Alejandro Valverde empoche huit secondes d'avance supplémentaires grâce au jeu des bonifications. Samedi, le premier chrono individuel autour de Cuenca sur une distance moyenne de 28 kilomètres revient au revenant David Millar. Les favoris font jeu égal et les écarts restent faibles au général entre Valverde, Kashechkin, Sastre, Gomez Marchante et Vinokourov. L'étape de transition du lendemain est remportée au sprint à Factoria Ford par l'allemand Robert Förster. Après une seconde journée de repos, le duel Valverde-Astana reprend son cours vers Calar Alto où Vinokourov se démène sans compter pour faire craquer le leader murcian, en vain... Profitant du marquage des favoris dans le final, le jeune basque Igor Anton remporte une victoire de prestige en altitude. Ce que Vinokourov n'a pas réussi mardi, il va le réaliser le lendemain vers Grenade en faisant preuve de beaucoup d'audace. Il s'enfuit seul dans la dernière descente de la journée et revient sur Tom Danielson, dernier rescapé de l'échappée matinale, avec qui il négocie de fort belle manière pour repousser Valverde isolé derrière de tout renfort. A Danielson l'étape, à Vinokourov le maillot de oro... pour neuf petites secondes d'avance sur le leader du Pro Tour en souffrance ! Jeudi, c'est la dernière étape de haute montagne qui confirme la mainmise kazakhe sur cette Vuelta 2006. Kashechkin et Vinokourov réalisent le doublé au sommet de la Sierra de la Pandera quand Valverde cède de nouveau une minute dans les derniers lacets. L'élégant espagnol ne remportera donc pas une première Vuelta après sa troisième place en 2003 et sa quatrième en 2004. Deux jours après l'arrivée, il sera même rattrapé à son tour par l'affaire Puerto. Vendredi, les gregariis en profitent à Ciudad Real. C'est le vétéran José Luis Arrieta qui l'emporte en règlant au sprint un petit groupe échappé. Samedi, le dernier contre-la-montre n'apporte comme le précédent aucun changement notable au général. Le leader de la Vuelta, Alexandre Vinokourov, l'emporte à 49 km/h de moyenne pour le symbole le jour de ses 33 ans. Dimanche, pour la procession sur le Paseo de la Castellana de Madrid, Erik Zabel conclut au sprint en beauté mais n'éclipse pas pour autant le grand bonhomme de ce 61ème Tour d'Espagne. Auteur de trois succès d'étape, Alexandre Vinokourov rayonne sur le podium aux côtés de son dauphin Alejandro Valverde et de son ami Andrey Kashechkin. Privé injustement à son sens de Tour de France qu'il avait préparé minutieusement en sacrifiant notamment les classiques du printemps, Vino se rattrape de fort belle manière dans la capitale espagnole. Après le Dauphiné-Libéré en 1999, le Tour d'Allemagne en 2001, Paris-Nice en 2002 et 2003, de belles places d'honneur sur les Tours de France 2003 et 2005, voilà une première Vuelta à 33 ans ! Même si on ne s'avancera pas sur le fait que le kazakh a gagné cette course proprement, Vino l'a au moins remporté avec panache, et c'est déjà pas mal par les temps qui courent...

Classement général final :
1. Alexandre Vinokourov (KAZ, Astana) en 81h23'07"
2. Alejandro Valverde (ESP, Caisse d'Epargne-Illes Balears) à 1'12"
3. Andrey Kashechkin (KAZ, Astana) à 3'12"
4. Carlos Sastre (ESP, Team CSC) à 3'35"
5. José-Angel Gomez-Marchante (ESP, Saunier Duval-Prodir) à 6'51"
6. Tom Danielson (USA, Discovery Channel) à 8'09"
7. Samuel Sanchez (ESP, Euskaltel-Euskadi) à 8'26"
8. Vladimir Karpets (RUS, Caisse d'Epargne-Illes Balears) à 10'36"
9. Manuel Beltran (ESP, Discovery Channel) à 10'47"
10. Luis Perez (ESP, Cofidis) à 11'32"


Photo d'Alexandre Vinokourov (KAZ, Astana)
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Sunday, 17 September 2006 at 11:03 AM

Edited on Monday, 23 July 2007 at 6:01 AM